Le Sraddet de l’Occitanie épinglé par l’Autorité environnementale

Le 28 avril 2020 par Stéphanie Senet
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Préserver les ressources en eau : une priorité oubliée.
Préserver les ressources en eau : une priorité oubliée.

Dans un avis publié le 23 avril, l’Autorité environnementale (AE) recadre le Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet) de l’Occitanie.

Ce document stratégique, opposable aux collectivités, est l’un des premiers de France à viser le zéro artificialisation nette[1], tout en le reportant à un horizon lointain, en 2040. En comparaison, France Stratégie estime qu’il peut être atteint dès 2030 en France. Par ailleurs, la région occitane ne garantit pas sa mise en œuvre, en ne proposant que des règles incitatives et non territorialisées. L’AE préconise de rendre plus prescriptive la règle relative à la recomposition spatiale du littoral et de veiller à ce que la logique de co-construction du Schéma régional avec tous les acteurs ne favorise pas, au contraire, une plus forte consommation d’espaces, alors que la population doit continuer à s’accroître. Elle ajoute que la reconversion des stations de montagne doit être anticipée et suggère la création d’un observatoire de la consommation d’espaces.

Priorités oubliées

Autres points noirs: le Sraddet oublie des enjeux prioritaires, comme la nécessaire préservation des ressources en eau. L’AE recommande de limiter les usages notamment agricoles, et de prévoir le recours à de nouveaux stockages, transferts et mobilisation des ressources. D’ailleurs la transition agro-environnementale, affichée comme un objectif de la région, n’est pas assez encadrée. La limitation de l’usage des pesticides et de l’irrigation, par exemple, ne sont pas quantifiés. Alors que l’agriculture est un secteur-clé, occupant près de la moitié de la surface du territoire. Même grief pour le chapitre dédié à l’économie circulaire, qui pêche par absence d’objectifs précis: le transport des déchets doit seulement être «limité en distance et en volume».

Exit les émissions de gaz à effet de serre

Autre grief, l’AE épingle le soutien de la région à de nombreuses plateformes aéroportuaires, sans prise en compte des émissions de gaz à effet de serre générées, et en totale contradiction avec les objectifs de développement durable. Au contraire, l’Occitanie devrait favoriser les transports ferroviaire, fluvial et maritime, rappelle l’AE.

Dans le même registre, l’Occitanie a oublié d’afficher sa trajectoire de réduction des émissions de GES pour être en phase avec la neutralité carbone visée par le gouvernement en 2050. Son objectif de réduire de 20% la consommation d’énergie du bâtiment en 2040[2] est jugé insuffisant.

Une grande politique de l’habitat

Plus globalement, les auteurs de l’avis appellent à la mise en œuvre d’une grande politique de l’habitat prenant en compte la lutte contre la précarité énergétique, l’accélération de la rénovation énergétique, la santé liée à l’exposition à la pollution atmosphérique ainsi que l’adaptation aux risques naturels notamment d’inondations. Des attentes fortes, à la hauteur des enjeux liés au changement climatique. Contacté par le JDLE, le conseil régional n’a toujours pas répondu à nos questions au moment de la publication de cet article.

 



[1] Objectif fixé par la loi pour le plan Biodiversité de juillet 2018 sans qu’aucune échéance ne soit précisée

[2] Par rapport à 2015