Le spectre des algues vertes plâne au-dessus de la mort d’un joggeur

Le 12 septembre 2016 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le coureur est décédé au même endroit que les 36 sangliers intoxiqués par des algues vertes
Le coureur est décédé au même endroit que les 36 sangliers intoxiqués par des algues vertes

Le décès d’un coureur, le 9 septembre à Hillion, dans l’estuaire du Gouessant (Côtes d’Armor), a éveillé les soupçons quant aux conséquences sanitaires de l’inhalation d’hydrogène sulfuré dégagé par la décomposition d’algues vertes. C’est précisément dans cette baie que 36 sangliers avaient été retrouvés morts en juillet 2011.

 

Le corps d’un homme de 50 ans a été retrouvé à moitié envasé. Selon les enquêteurs, il se serait embourbé en voulant retirer son chien de la vase et il est décédé d’un arrêt cardiaque dû à l’épuisement.

Ce décès a réveillé le spectre des algues vertes, responsables «probables» de la mort de 36 sangliers dans l’estuaire du Gouessant en juillet 2011, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Mais le parquet de Saint-Brieuc a écarté cette piste, en raison de l’absence totale d’algues vertes dans la baie au moment des faits. La pluviométrie déficitaire et les taux d’azote au plus bas ont en effet réduit, cet été, les déversements sur le littoral.

 

Une autopsie inutile

Pour l’association Halte aux marées vertes, il s’agit d’une zone à risque. «Il faut absolument engager des études dans des laboratoires pour comprendre si les algues sont à l’origine de la mort de cet homme», affirme André Ollivro, son président, à France Bleu.

Pour l’association Eau et rivières de Bretagne, une autopsie s’avère au contraire inutile. «La vase émet aussi de l’hydrogène sulfuré (H2S), dont l’inhalation avait provoqué le décès des sangliers l’été 2011 ou du cheval sur la plage de Saint-Michel-en-Grève (Côtes d’Armor) en juillet 2009. Même si l’autopsie révélait la présence de ce gaz, on ne pourrait pas savoir s’il provenait d’algues vertes», explique Gilles Huet, délégué général.

 

Des conséquences sanitaires reconnues en justice

Les conséquences sanitaires des algues vertes ont été soulignées en justice pour la première fois en 2014. La Cour administrative d’appel de Nantes a alors reconnu la responsabilité de l’Etat dans la prolifération des algues vertes, «en raison de ses carences à mettre en œuvre de manière suffisamment efficace les règles nationales et européennes relatives à la protection des eaux contre les pollutions d’origine agricole, pollutions qui sont la cause principale des marées vertes». Le propriétaire du cheval mort en juillet 2009 avait été indemnisé à hauteur de 2.200 euros.

 

Un plan d’action insuffisant

Alors que le deuxième plan d’action contre les algues vertes doit démarrer en janvier 2017, Eau et rivières de Bretagne appelle à passer à la vitesse supérieure. «Si la réduction des flux de nitrates est un peu plus forte dans les bassins versants associés au plan d’action que dans les autres, cela n’est pas à la mesure de la facture pour les citoyens, qui s’élève à 100 millions d’euros sur 5 ans», observe Gilles Huet. Une note qui a servi à financer des plans de prévention et des plans de ramassage et de compostage d’algues vertes. «Il faut surtout développer les systèmes agricoles à basse fuite d’azote. Mais le ministère prend des mesures contraires, comme la hausse des seuils d’autorisation des porcheries et le relèvement des plafonds d’épandage d’azote.»



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus