Le sort des peupliers transgéniques à biocarburants en suspens

Le 07 mai 2013 par Marine Jobert
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Les peupliers OGN du Loiret vont-ils être arrachés bientôt?
Les peupliers OGN du Loiret vont-ils être arrachés bientôt?
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C’est le ministère de l’agriculture qui décidera, avant l’été, du devenir de la demande de l’institut national de la recherche agronomique (Inra) de poursuivre 5 années encore son expérimentation en plein champ de peupliers transgéniques. En attendant, le sort des 10 lignées de peupliers grisards -dont les lignines ont été modifiées dans le but de faciliter l’utilisation du bois de peuplier pour la production de biocarburant de seconde génération- est très discuté. Une consultation du public est en cours jusqu’au 27 mai, qui sera suivie d’un avis du ministère de l’écologie. Deux avis antagonistes ont d’ores et déjà été rendus par le Haut Conseil des biotechnologies (HCB): le conseil scientifique (CS) est favorable au renouvellement de la demande, le comité économique, éthique et social (CEES) y est majoritairement opposé.

 

Les deux formations du HCB -crée par une loi de 2008 pour «éclairer la décision publique sur toutes questions intéressant les biotechnologies»- partagent à peu près les mêmes vues sur les conséquences scientifiques de l’essai mené pendant 5 ans dans le Loiret. A savoir que la dissémination des transgènes par voie sexuée ou par voie végétative est maîtrisée et qu’en l’état des  connaissances, aucun impact n’a été identifié pour la santé humaine, animale[1] ou pour l’environnement.

 

Le CEES, lui, s’est également penché sur une question fondamentale: à quoi servirait la poursuite de ces essais? «Même s’il est toujours difficile de prévoir sur quelles nouvelles connaissances une expérimentation est susceptible de déboucher, le dossier de demande (…) paraît confus (…) La demande telle que formulée auprès du HCB poursuivrait prioritairement un objectif de recherche industrielle visant à tester l’intérêt du bois issu des lignées génétiquement modifiées dans l’éventuelle mise en place d’une filière de production de peuplier cultivé pour la production de bioéthanol», estime le CEES. Or, le CEES s’interroge sur «la pertinence de s’engager dans une telle voie puisque l'accomplissement d'un essai n'est pas neutre quant aux voies technologiques empruntées ultérieurement.»

Des questions d’ordre socioéconomique et éthique qui rencontrent le problème de la distraction des terres agricoles au profit de la production de biocarburants. «De multiples questions se posent quant à l’intérêt de produire du bioéthanol à partir de peupliers, qu’ils soient génétiquement modifiés ou non», estime la majorité du CEES. «En l’état actuel des pratiques et des procédés disponibles, on peut en effet se demander si de telles cultures de peupliers peuvent être réalisées, comme l’avance le pétitionnaire, sur des terrains marginaux souvent éparpillés et difficilement accessibles aux engins agricoles. Pour des raisons de viabilité économique, ces cultures ne viendraient-elles pas plutôt entrer en concurrence avec des surfaces agricoles et des cultures alimentaires ? Le CEES tend à le penser.» L’exemple du jatropha –cette plante présentée comme le miracle des biocarburants de deuxième génération- en est une illustration.

 

Et le CEES de se demander si «les connaissances acquises dans le cadre de cet essai ne serviraient en premier lieu les producteurs d'eucalyptus destinés à la production d'éthanol dans des pays disposant de grandes surfaces forestières, comme s’interrogeait lui-même le pétitionnaire suite à une question du CEES.»

 

L’association française des biotechnologies végétales (AFBV), citée par l’Agence France Presse, a estimé que l’arrêt de cette expérimentation «serait pénalisant pour la recherche de voies innovantes nécessaires pour développer en France une énergie renouvelable à partir de la biomasse.» Les Amis de la Terre, la Confédération paysanne, la Fédération nationale agriculture biologique, Greenpeace et l'Union nationale des apiculteurs français –qui siègent au CEES- ont estimé dans un communiqué que «les sommes engagées dans la recherche publique aujourd'hui ne peuvent se détourner à ce point-là de l'intérêt public qui est d'assurer l'autonomie et la souveraineté alimentaire des populations.»

 



[1] Certains membres du CEES s’interrogent toutefois «sur d’éventuelles modifications de la composition de la propolis pour les abeilles, qui pourrait découler de la transformation génétique et réclament une étude sur ce sujet.»

 



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