Le sommet de San Francisco appelle à mettre en œuvre l’Accord de Paris

Le 17 septembre 2018 par Stéphanie Senet, envoyée spéciale
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4.500 délégués ont participé au sommet de San Francisco.
4.500 délégués ont participé au sommet de San Francisco.
Stéphanie Senet

Le premier sommet climatique des acteurs non étatiques organisé sur le sol américain s’est terminé, le 14 septembre, avec un appel mondial aux gouvernements pour accélérer la lutte contre le changement climatique. Une mobilisation indispensable, mais insuffisante, pour garantir la mise en œuvre de l’Accord de Paris.

Pendant trois jours, les annonces ont fusé dans tous les sens. La scène du Moscone center a connu une déferlante d’engagements –environ 500- autour de 4.500 délégués, en majorité américains, représentant des villes, des régions, des Etats, des entreprises, des investisseurs, et des associations. Parmi les plus emblématiques, 60 acteurs se sont engagés à décarboner leurs transports d’ici à 2030, 400 entreprises visent désormais les «Science based targets», et 73 villes ont mis le cap sur la neutralité carbone d’ici à 2050.

Mobilisation et accélération

Autant de mesures qui montrent que les acteurs non étatiques, en particulier américains, restent mobilisés et veulent accélérer le mouvement de la décarbonation. N’en déplaise au locataire de la Maison Blanche. La démonstration a été réussie, avec une place très importante accordée aux entreprises et aux investisseurs. «Même Emmanuel Macron n’aurait pas osé faire la pub de grandes entreprises lors du One Planet Summit», note Bernard Soulage, directeur général de l’association Climate Chance, organisatrice de trois sommets climatiques des acteurs non étatiques. Starbucks a en effet été invité pour annoncer «10.000 magasins plus verts dans le monde d’ici à 2025»...

Retrouver la dynamique de Paris

«Ici, nous avons voulu retrouver la même dynamique politique qu’à Paris en 2015, mais avec les collectivités et le secteur privé, pour appeler à une action climatique globale. Nous venons de dire: nous sommes prêts à aller plus loin. Maintenant, à vous, les gouvernements, de vous engager dans ce sens. C’est un signal important en vue de la COP de Katowize qui doit mettre en œuvre l’Accord de Paris, mais aussi dans la perspective de 2020, la date-butoir pour atteindre le pic des émissions mondiales», explique au JDLE Nick Nuttall, le porte-parole du Global Climate Action Summit (GCAS) et ancien porte-parole de la CCNUCC .

Des pro-Brown aux anti-Trump

C’est d’ailleurs à Paris, lors de la COP21, que l’idée du sommet a émergé dans la tête de Christiana Figueres, alors secrétaire exécutive de la CCNUCC, et de Jerry Brown, gouverneur démocrate de Californie. «Ils voulaient faire un point d’étape après l’Accord de Paris, alors qu’en 2015, il était clair que les engagements nationaux –INDC- ne suffiraient pas à plafonner le réchauffement sous la barre des 2 degrés Celsius», se souvient Nick Nuttall.

«Il a été conçu à l’origine comme un sommet pro-Brown, dont le mandat arrive à expiration en novembre 2018», glisse pour sa part Bernard Soulage, de Climate Chance. Alors que le gouverneur du Golden State ne peut pas briguer un cinquième mandat, il y a de fortes chances qu’il se présente aux élections présidentielles de 2020. La sortie de l’Accord de Paris, annoncée le 1er juin 2017 par le président Trump, a changé la donne. A San Francisco, les acteurs non étatiques ont voulu démontrer aux yeux du monde qu’ils étaient toujours «still in», en opposition au locataire de la Maison Blanche, et qu’ils continuaient à donner vie à l’Accord de Paris.

Encore loin des objectifs de Paris

Si le sommet de San Francisco a démontré que les Américains restaient mobilisés en faveur du climat, il a aussi pointé du doigt l’insuffisance des actions engagées. «Les émissions américaines de gaz à effet de serre devraient baisser de 17% en 2025 par rapport à 2005, sans aucun appui de Washington», a martelé l’ancien maire de New York Michael Bloomberg, à l’origine du mouvement America’s Pledge qui a publié un rapport d’étape le 13 septembre. Ce résultat reste inférieur aux objectifs pris par Obama à Paris, qui visaient de 26 à 28% de régression.

Un autre rapport, publié le 29 août par l’université de Yale et le CDP, a montré que les seuls engagements des acteurs non-étatiques ne suffisent pas à compenser l’inaction climatique fédérale pour rester sous la barre des 2°C d’ici la fin du siècle. Les auteurs se sont basés sur les annonces de 6.000 collectivités et 2.000 entreprises de 9 pays: Afrique du Sud, Brésil, Chine, Etats-Unis, Inde, Indonésie, Japon, Mexique, et Russie.

faire plier la courbe

Le climatologue Johan Rockström n’a pas caché ses inquiétudes. «La pression de l’homme sur le climat s’est accentuée au cours des 50 dernières années et nous avons atteint un point de non-retour. Nous devons comparer nos progrès tous les 10 ans et intensifier nos engagements au plus vite si l’on veut éviter le pire», a lancé le directeur du Stockhom Resilience Center, lors de la plénière d’ouverture. Attendu en octobre, le rapport spécial du Giec devrait préciser l’étroite marge de manœuvre disponible pour respecter l’objectif de Paris.

«Les acteurs non étatiques mais aussi les gouvernements doivent rapidement faire plier la courbe des émissions d’ici à 2020», résume la fédération d’ONG Climate Action Network (CAN). Un appel à l’action a d’ailleurs été transmis à la secrétaire exécutive de la CCNUCC Patricia Espinosa, pour que les gouvernements accélèrent la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ce sujet sera au cœur de la prochaine COP, organisée du 3 au 14 décembre à Katowice (Pologne).

Une autre bataille avant la COP

Le sommet de San Francisco représente le départ d’une séquence climatique cruciale au niveau mondial, qui va rencontrer d’autres obstacles avant la COP24. A commencer par le financement de la transition. «La prochaine bataille est financière, et va commencer dans 10 jours à New York avec le One Planet Summit. C’est là où des annonces devront être faites, tout comme au conseil d’administration du Fonds vert, qui doit rapidement relancer des projets et remettre de l’argent sur la table. Sans quoi la tâche sera très très compliquée à Katowice», conclut Damien Navizet, chef de la division Climat à l’Agence française de développement (AFD).
 



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