Le solaire ne se lève plus qu’en Chine

Le 06 septembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le secteur solaire souffre partout dans le monde. Et ce n’est pas seulement à cause de la concurrence chinoise.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Solyndra, la semaine passée, un fabricant hi-tech de panneaux photovoltaïques cylindriques a mis la clé sous la porte, après avoir reçu 535 millions de dollars d’aides fédérales. La firme hi-tech californienne croule sous le poids d’une dette d’environ 1 milliard de dollars. Bref, bien qu’ayant été placée sous la protection de la loi sur les faillites, il n’est pas certain que Solyndra puisse reprendre ses 1.100 salariés.
 
Le secteur solaire commence à être particulièrement sinistré. Car, la chute de la compagnie dirigée par Brian Harrison n’est pas la première à faire les gros titres de la presse économique, outre-Atlantique. Ces dernières semaines, deux autres gros producteurs de panneaux, Evergreen Solar et SpectraWatt ont déposé leur bilan. Un troisième larron, BP Solar, a interrompu la production de son usine de Frederick, dans le Maryland et envisage de la reprendre, mais en Chine ou en Inde, affirme Bloomberg New Energy Finance. Seules First Solar (dont la plus importante unité de production est en Malaisie) et SunPower marquent encore le paysage solaire américain. Le marché est donc largement ouvert aux producteurs allemands, mais surtout chinois.
 
Ces derniers, notamment Suntech Power, Yingli Green Energy et Trina Solar disposeraient, selon leurs chiffres (difficilement vérifiables), des trois cinquièmes de la capacité mondiale de panneaux solaires. Soutenus par Beijing, les banques et les collectivités chinoises, ils produisent à des coups défiant toute concurrence et exportent 95% de leur production. Mais cela suffit-il à expliquer tous les malheurs de leurs compétiteurs occidentaux?
 
Pas sûr, avancent certains observateurs. «Pour différentes raisons, le prix du module a baissé de 30% à 40%», explique Jean-Louis Bal. Et la tendance n’est pas prête de s’inverser: «Pour le moment, les stocks représentent une année de demande mondiale», précise le président du Syndicat français des énergies renouvelables (SER). Les industriels, comme Solyndra et Evergreen Solar, qui avaient tout misé sur une technologie particulière (donc plus chère) en sont pour leurs frais. «Dans ces deux cas, les industriels ont parié et perdu», résume Barry Cinnamon, le patron de Westinghouse Solar.
 
En Allemagne, les producteurs de panneaux et de cellules souffrent aussi. Après avoir affiché un milliard d’euros de pertes, en 2009, Q-Cell a délocalisé en Malaisie sa production. Le producteur de centrales solaire thermodynamiques Solar Millennium cherche désespérément un partenaire financier qui pourrait reprendre jusqu’à 25% de son capital. Solon va réduire de 15% ses effectifs mondiaux et fermer son usine américaine de Tucson.
SolarWorld, qui va fermer ses unités californienne et saxonne, se diversifie grâce à des fonds qataris. A moyen terme, ces entreprises devraient néanmoins bénéficier de l’arrêt annoncé du programme électronucléaire allemand.
 
En France, la situation est dramatique. Avec la révision des tarifs de rachat et le moratoire sur la construction de centrales photovoltaïques, les installateurs ont payé un lourd tribu à la révision à la baisse des aides publiques. «Même si cela reste approximatif, nous avons dû perdre 5.000 emplois en 6 mois dans le secteur du photovoltaïque», estime Jean-Louis Bal. Soit environ 20% du total. Et cela pourrait n’être qu’un début. Certes, l’activité devrait être un peu soutenue par les opérations en cours et les prochains appels d’offre. De quoi tenir jusqu’en 2013. Mais après?
 
Pour le moment, l’avenir ne s’annonce pas très prometteur. Echaudés par la mauvaise image donnée de l’énergie solaire (fournie par des panneaux chinois, cible des spéculateurs, etc.) par certains membres du gouvernement et de la majorité, les particuliers semblent moins enclins qu’hier à doter leur maison d’une centrale photovoltaïque ou d’un chauffe-eau solaire. Côté industriel, la poursuite de la guerre des prix initiée par la Chine ne devrait pas favoriser l’émergence d’une filière tricolore. L’empire du milieu a vraiment placé son solaire en orbite.


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