Le ‘slow ship’ au secours du climat

Le 22 octobre 2018 par Marine Jobert
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Réduire les émissions d'au moins 50% d'ici 2050.
Réduire les émissions d'au moins 50% d'ici 2050.

Et si les navires mettaient la pédale douce pour réduire leurs émissions de CO2? Une coalition d’ONG voit dans la baisse des vitesses moyennes en mer la possibilité pour le commerce mondial de réduire de moitié ses émissions carbonées d’ici 2050.

S’engager à réduire ses émissions d'au moins 50% entre 2008 et 2050, c’est bien. Agir pour y parvenir, c’est mieux. Les 173 pays membres de l’Organisation maritime internationale (OMI) sont réunis à Londres du 22 au 26 octobre pour décider des mesures à prendre pour atteindre les objectifs auxquels ils avaient consenti en avril dernier. Sur la table, plusieurs pistes, dont la réduction des vitesses, sur laquelle se concentrent beaucoup des espoirs des ONG environnementales spécialisées dans les affaires maritimes. Rassemblées au sein de la Clean Shipping Coalition, elles proposent que cette mesure soit effective dès 2021 ou 2022, puis de faire baisser la vitesse sous ce plafond de façon différenciée selon les catégories de bateaux pour assurer l’atteinte de l’objectif de baisse de l’intensité carbone en 2030.
Mesure gagnant-gagnant
En soi, le ralentissement de la vitesse ne serait pas une nouveauté pour le secteur, car les sociétés de transport ont déjà mis le pied sur le frein à cause des surcapacités qu’avait engendrées la crise financière de 2008. Une pratique, bien involontaire cette fois-là, qui a permis de réduire les coûts de carburant: la plus grosse dépense opérationnelle. En outre, réduire la vitesse ne nécessite ni technologie ni infrastructures supplémentaires. Il suffit de le vouloir.
Moins 30% en 2030
Les vitesses de référence, poursuivent les ONG, pourraient être définies sur la base des vitesses opérationnelles historiques moyennes de chaque type et taille de navire. Une fois les vitesses de base définies, les vitesses maximales cibles pourraient être atteintes en appliquant un pourcentage de réduction, à déterminer à la suite d’une évaluation d’impact, inférieur au niveau de référence par type de navire et par catégorie de taille (voir encadré). Avec quels objectifs de réduction des émissions? Une étude des ONG Transport & Environment et Seas At Risk, réalisée par le cabinet de conseil DE Delft, estime qu’une diminution de la vitesse de 10% réduirait immédiatement les émissions de 4%, et qu’une diminution optimisée permettrait de réduire les émissions d’un tiers en 2030.
Vitesses annualisées
Au risque d’handicaper certains types d’importations, comme les fruits (1,6% des émissions du secteur)? Non, répondent les ONG, car le plafond de vitesse serait basé sur une moyenne annuelle, ce qui signifie que chaque navire pourrait réagir aux tendances saisonnières. Cela signifierait qu'un porte-conteneurs transportant des cerises chiliennes (d’octobre à février, soit cinq mois par an) dans ses conteneurs réfrigérés serait en mesure de maintenir la vitesse actuelle pendant la saison d'exportation des cerises et de ralentir pendant les autres mois afin de respecter les vitesses maximales annuelles moyennes.
Moins de bruit et de collisions
Conséquence indirecte de la mise en œuvre de ce ‘slow shipping’: les dauphins et les baleines, très sensibles aux niveaux de bruit sous-marin, s’en trouveraient mieux. «Des vitesses plus lentes réduiraient aussi le nombre de collisions entre les baleines et les navires, et pourrait donc aider certaines populations de baleines à se reconstituer», assure l’ONG Whale and Dolphin Conservation.

 

Conteneurs, vraquiers, navires-citernes, cargos, navires transportant du gaz liquéfié et navires de croisière… ce sont les plus gros, mais ils représentent moins de 30% de la flotte mondiale, mais émettent 75% des émissions totales de gaz à effet de serre du fret maritime. Des chiffres à comparer avec les quelque 70.000 autres navires plus petits, principalement impliqués dans la navigation côtière à courte distance et qui ne sont responsables que du quart des émissions de GES liées au transport maritime, rappelle la coalition Clean Shipping Coalition.


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