Le Sénégal veut régler ses problèmes de pollution

Le 18 octobre 2004 par Claire Avignon
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L'essence au plomb créé d'importants problèmes sanitaires dans de nombreux pays pauvres. Le Sénégal, comme la plupart des pays africains, développe actuellement un programme très ambitieux pour réduire la pollution atmosphérique au plomb. Cette politique s'inscrit dans un contexte plus général de réorganisation des transports aux abords de Dakar.

Au-delà de 100 microgrammes par litres (µg/l) dans le sang, le plomb s'avère très dangereux pour la santé humaine. La moyenne atteignait 106,6 µg/l à Dakar en 1999, d'après les études du toxicologue sénégalais Amadou Diouf. Dans la région rurale de Thiès, les taux avoisinaient 38 µg/l. Ils étaient donc supérieurs à ceux mesurés actuellement en Europe et en Amérique du Nord (environ 25 µg/l). Les enfants s'avèrent la population la plus sensible à ce polluant. Après inhalation, le plomb, molécule très stable, s'accumule dans le système osseux. Dans certaines circonstances, un accouchement ou une fracture par exemple, l'élément chimique peut être libéré. Et des effets toxiques comme des problèmes rénaux ou une anémie surviennent. «Après une exposition qui peut durer des années et commencer dans le ventre de la mère, il n'y a plus rien à faire. Aucun traitement n'est possible», explique Amadou Diouf.

Le biologiste a créé le réseau de chercheurs Africa clean en 2001 pour combattre ce poison. Contrairement à la France qui l'interdit depuis janvier 2000, les pays africains continuent pour la plupart à utiliser de l'essence au plomb. La concentration dans l'air est à 90% issue des véhicules. Les productueurs d'essence refusaient jusqu'alors de faire les investissements nécessaires. Mais avec l'appui de la Banque mondiale, Africa clean a réussi à trouver un consensus. D'ici décembre 2005, une quarantaine de pays de l'Afrique subsaharienne interdira totalement l'essence avec plomb. Cette substance empêche en outre les pots catalytiques de fonctionner correctement et donc de dépolluer le monoxyde de carbone (CO) et les hydrocarbures.

Cet argument a été décisif pour sa prohibition, plus encore que les effets directs du plomb sur la santé qui se révèlent pourtant importants. La suppression du plomb génére dans le moteur une combustion plus détonante, donc une baisse de l'indice d'octane. La Société africaine de raffinage (Sar), unique raffinerie du Sénégal, a donc cherché de nouveaux additifs qui augmenteront cet indice. Elle a annoncé passer à une essence 91. Ce type de carburant est le plus approprié car les moteurs des véhicules sénégalais sont très vieux.

Le Sénégal a lié sa lutte contre le plomb au Programme d'amélioration de la mobilité urbaine (Pamu). La Banque mondiale et d'autres organismes comme l'Agence française pour le développement (AFD) le financent à hauteur de 103 millions d'euros distribués entre 2000 et 2004. L'objectif est à la fois de diminuer la pollution à Dakar et d'améliorer le trafic en plein expansion. Le parc des cars qui desservent la banlieue de la capitale est entièrement renouvelé. Quatre carrefours sont construits à des points stratégiques (port, zone industrielle, centre-ville) pour désengorger le trafic. Un laboratoire d'analyses est créé ainsi que des stations de contrôle de la qualité de l'air. Et des centres de contrôle technique sont mis en place. Le fait de devoir régler leur moteur au-delà de certaines teneurs de polluants sensibilisera la population aux problèmes environnementaux. «Mais les Sénégalais ne pensent jamais à la pollution», se désole Amadou Diouf. «Le Pamu comporte un volet de sensibilisation.

Mais rien n'est encore fait pour parler de l'impact sur la santé des polluants.» D'autre part, comme le remarque Olivier Delefosse, chargé du programme à l'AFD, «l'effet à court terme du Pamu sera de diminuer les émissions de polluants. Cependant, dès que la circulation sera plus fluide, les gens hésiteront moins à sortir leur véhicule. Il y aura donc augmentation du trafic et des émissions de polluants.»


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