Le scénario Négawatt 4.0

Le 24 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Négawatt prévoit la fin du nucléaire en moins de 20 ans.
Négawatt prévoit la fin du nucléaire en moins de 20 ans.

Pour la 4e fois en 14 ans, l’équipe associative met à jour son scénario de transition énergétique basé sur la sobriété et les énergies renouvelables. Un projet dont pourrait se saisir des candidats à la présidentielle, en mal de programme Energie Climat?

 

Et de 4! Quatorze ans après la publication de ses premiers rapports, Négawatt remet le couvert. Ce mercredi 25 janvier, l’association, qui promeut un modèle énergétique à base de sobriété et d’énergies renouvelables, crédite au débat public la 4e mise à jour de son scénario.

Souvent critiqué, notamment par l’Union française de l’électricité, le scénario propose un changement radical de notre paradigme énergétique, totalement compatible avec les objectifs assignés à la France, tant par l’Accord de Paris que par la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV).

Urgence climatique

La loi du 17 août 2015 est d’ailleurs considérée par les partisans de Négawatt comme un premier pas dans la bonne direction, «avec notamment la baisse du nucléaire dans la production électrique à 50% en 2025, le passage à 32% d’énergies renouvelables dans la consommation totale en 2030, et surtout la réduction de 50% de la consommation finale d’ici 2050».

A l’évidence, la transition énergétique est bonne pour l’emploi. Négawatt estime à 380.000 le gain net en emplois, entre 2017 et 2030, de son scénario par rapport au scénario tendanciel. C’est toutefois presque trois fois moins que le projet récemment présenté par un collectif d’associations. Des chiffres pourtant tout à fait comparables entre eux ; la dernière étude table sur le potentiel d’emploi qu’offre la transition écologique, dont la transition énergétique n’est que l’un des aspects.

 

Rappelant l’urgence climatique, les experts associatifs soulignent que nous sommes entrés dans une période propice au grand changement: la courbe de la consommation d’énergie est structurellement orientée à la baisse, plusieurs études montrent qu’un approvisionnement intégral à partir des énergies renouvelables est plausible, et l’impact sanitaire des pollutions de l’air est devenu un sujet sociétal.

Sobriété et renouvelables

Quoi de neuf dans le 4e scénario? L’objectif principal reste inchangé: il s’agit de satisfaire tous les besoins du pays à partir d’énergies renouvelables dès 2050. «Et ce avec des technologies existantes», souligne Yves Marignac, porte-parole de Négawatt. Un objectif atteignable en deux temps. D’abord, en réduisant fortement la demande. En rénovant les bâtiments et en diffusant bonnes pratiques et appareils sobres, Négawatt fait le pari de réduire de moitié en 35 ans les consommations d’électricité résidentielle et tertiaire (qui passeraient ainsi de 180 à 90 térawattheures par an).

Densification des villes et généralisation du télétravail vont aussi diminuer d’une vingtaine de pourcents les besoins en mobilité. Banalisation de l’économie circulaire (qui recycle et répare plutôt que d’accroître l’exploitation de ressources lointaines) et relocalisation de la production industrielle vont abattre de près de 15% le trafic de marchandises. Un service qui sera rendu pour moitié par le fluvial et le ferroviaire, contre 70% par la route aujourd’hui.

400 TWh d’électricité verte

Electricité, chaleur, transports: les trois principaux postes énergétiques français seront assumés par les énergies renouvelables. La dernière centrale nucléaire ayant été arrêtée en 2035, éolien et photovoltaïque (220 gigawatts de capacités installées en 2050) produiront près de 400 TWh d’électricité par an en 2050. De quoi satisfaire les besoins de l’habitat et du tertiaire (qui se chauffent de plus en plus à l’électrique), de l’industrie mais aussi des transports individuels, majoritairement tributaires des véhicules électriques. Gazéification, méthanisation et méthanation[1] produisent suffisamment de méthane renouvelable pour fournir les 225 TWh/an nécessaires aux voitures, transports publics et poids lourds.

Alain Grandjean n’y croit pas. S’il se réjouit de la pérennité du débat, l’ancien patron des experts du débat national sur la transition énergétique peine à adhérer totalement au scénario Négawatt. «Leurs rédacteurs ne disent pas comment ils obtiennent une aussi forte baisse de la consommation. De même, leur besoin en biomasse impose de stopper net la consommation de viande: une révolution culturelle dont ils ne soufflent mot. Enfin, l’arrêt du nucléaire est beaucoup trop radical pour être réaliste.»

Négawatt n’oublie pas l’agriculture. Avec 4% en 2015, le secteur primaire n’est certes pas un gros consommateur d’énergie, mais c’est l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Et une bonne gestion des terres est propre à augmenter le puits de carbone français. En reprenant les hypothèses du scénario Afterres 2050, Négawatt parvient à réduire les émissions d’oxydes d’azote, d’ammoniaque et de méthane, tout en accroissant la production alimentaire.

Cela coûte combien Négawatt? De l’aveu de ses concepteurs, la mise en œuvre de cet ambitieux programme mobiliserait 1.160 milliards d’euros d’ici à 2050, «soit l’équivalent de 6 mois de PIB national». Certes, le montant de l’investissement est 30% plus élevé que celui du scénario tendanciel (celui de la LTECV) et les coûts de fonctionnement sont comparables dans les deux cas. Mais le montant de la facture finale (intégrant les coûts d’approvisionnement en hydrocarbures et en uranium) font bondir le montant de la facture ‘scénario tendanciel’: 4.200 Md€ d’ici à 2050, contre 3.530 pour Négawatt. Mieux, en boutant les énergies fossiles hors de France, le scénario écolo diviserait par 17 les émissions tricolores de GES. Les puits de carbone agricoles et sylvicoles neutralisant les 31 millions de tonnes équivalent CO2 toujours relâchées chaque année par l’élevage et les grandes cultures. De quoi atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

 



[1] La méthanation est le procédé qui consiste à produire du méthane à l’issue d’une réaction entre oxydes de carbone (CO ou CO2) et hydrogène.

 



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