Le sauvetage du nucléaire français se poursuit

Le 16 janvier 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Comment redynamiser le cash-flow d'EDF ?
Comment redynamiser le cash-flow d'EDF ?
VLDT

Le gouvernement met à la consultation un projet de mécanisme de régulation économique du nucléaire français. Destiné à succéder à l’Arenh, il oblige EDF à séparer ses parties «production» et «commerce». Au grand dam des syndicats.

 

Il faut sauver le soldat nucléaire français. Et tous les moyens sont bons. Il y aura d’abord eu l‘absorption forcée d’Areva par EDF. Plombé par ses déboires miniers et son EPR impossible à construire, l’ex-leader du nucléaire était, il est vrai, au bord de la faillite. Nanti d’une nouvelle filiale, l’électricien est en meilleure forme. Pour combien de temps ?

Talonné par des concurrents toujours plus puissants, l’opérateur historique perd 100.000 clients par mois. Face à lui un mur d’investissements: modernisation de son parc de production, fermeture et démantèlement de 14 réacteurs d’ici à 2035, achèvement de l’EPR de Flamanville, arrêt des dernières tranches au charbon (avec le reclassement du site et des salariés qui vont avec), développement d’importants et coûteux parcs éoliens marins, participation au financement du site de stockage géologique de déchets nucléaires à vie longue, construction de la super piscine de combustibles usés, déconstruction des centrales UNGG. Sans oublier la poursuite de chantier de sa future centrale nucléaire britannique (dotée de 2 tranches EPR) Hinkley Point C (Somerset). En attendant celle de Sizewell C (Suffolk).

ne pas heurter les autorités européennes

Pour tenter de redonner vie au cash-flow, le gouvernement table sur une nouvelle régulation du nucléaire existant. Ce vendredi 17 janvier, le ministère chargé de l’énergie lance une consultation sur un nouveau mécanisme sensé, tout à la fois, donner un peu plus de rentabilité à l’atome tricolore, préserver les tarifs régulés de vente destinés aux particuliers, sans heurter les autorités européennes en charge de la concurrence.

Destiné à succéder à l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh), ce service d’intérêt économique général (Sieg) s’inspire directement du contrat pour différence, conclu entre EDF et le gouvernement britannique pour financer les deux EPR de Hinkley Point C, et du complément de rémunération mis en place en France pour financer certaines énergies renouvelables électriques.

Dans son principe, l’idée est simple. Sous le contrôle de la commission de régulation de l’énergie (CRE), le gouvernement établirait un corridor de prix de vente de l’électricité nucléaire produite par EDF. Etant entendu que la différence de prix ne devrait pas excéder 6/MWh entre le prix-plancher et le prix-plafond. EDF devrait vendre l’intégralité de sa production nucléaire (hors les 20 TWh/an de contrats à long terme) via ce système. Tous les fournisseurs d’électricité en ayant besoin achèteront les électrons nucléaires via ce mécanisme, EDF Commerce compris!

le retour de l'unbundling

«Cela suppose que l’on trouve un moyen d’étancher les relations entre les parties production et commerce d’EDF», souligne-t-on dans l’entourage de la ministre chargée de l’énergie. Le plan stratégique, que Jean-Bernard Lévy, P-DG du groupe, présentera dans les prochains mois, devra proposer des scénarios d’unbundling (dégroupage). Une idée contre laquelle se dessine déjà un vaste front syndical.

Economiquement, l’affaire s’annonce profitable. En moyenne sur la durée, le gouvernement espère pouvoir vendre sur le marché les TWh d’EDF à un prix supérieur aux 42 euros fixés par l’Arehn. «Globalement, ce nouveau mécanisme devrait permettre de payer le coût de la production, de la maintenance et une juste rémunération de l’entreprise», estime-t-on dans les couloirs de Bercy. Ce qui n’est pas toujours le cas de l’Arenh.

complément de rémunération

Sur le modèle du complément de rémunération de l’éolien, EDF s’engagerait à rétrocéder une partie de ses revenus pour le cas où les prix de marché dépasseraient le prix-plafond du Sieg. A contrario, si le prix spot du MWh tombait plus bas que le prix-plancher, ce serait alors aux fournisseurs de régler la différence à EDF. Un système jugé neutre dans la durée par le gouvernement.

L’administration d’Edouard Philippe entend boucler rapidement ce dossier. Elisabeth Borne, ministre en charge de l’énergie, doit prochainement rencontrer des responsables de la commission européenne pour s’assurer de la compatibilité de ce mécanisme avec les règles communautaires. Si les discussions aboutissent rapidement, la loi qui devra établir ce système pourrait être présentée d’ici à l’an prochain au Parlement. «Notre but, c’est de le mettre en œuvre au plus tard à l’échéance de l’Arehn, fin 2025», souligne un expert du gouvernement. Comprendre, ce serait mieux avant.