Le sanctuaire Pelagos à bout de souffle

Le 10 septembre 2015 par Stéphanie Senet
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Le sanctuaire abrite en Méditerranée 12 espèces de cétacés
Le sanctuaire abrite en Méditerranée 12 espèces de cétacés

15 ans après sa création, le sanctuaire Pelagos montre ses limites, alerte le World Wildlife Fund (WWF) dans un rapport publié ce jeudi 10 septembre. Pour le relancer, il est nécessaire de revoir sa gouvernance et son plan de gestion et de mieux réguler le trafic maritime.

 

S’étendant sur 87.500 kilomètres carrés, en mer Méditerranée, le sanctuaire Pelagos vise à protéger les cétacés qu’il abrite (12 espèces dont des cachalots, rorquals communs et dauphins) grâce à une collaboration entre la France, l’Italie et la principauté de Monaco. Avec un statut juridique à part puisque cette Aire spécialement protégée d’importance méditerranéenne (Aspim) relève de la convention de Barcelone mais n’est pas une Aire marine protégée (AMP).

 

Collisions et pollution chimique

Parmi les menaces pesant sur les grands cétacés, «les risques de collision sont très préoccupants d’autant plus que le trafic maritime s’accroît de 4% par an», relève Denis Ody, responsable du pôle Océans et côtes au WWF. Résultat: une mortalité de 8 à 40 individus par an est observée dans le sanctuaire chez les rorquals communs, ce qui représente la première cause de mortalité non naturelle.

Deuxième menace: les cétacés sont fortement contaminés par les PCB[1] et des dérivés du DDT[2]. En moyenne, ils sont 10 fois plus touchés que leurs cousins de l’Atlantique à cause des spécificités de la Méditerranée, une mer fermée qui reçoit de nombreux rejets industriels provenant du Rhône. «Au sein des cétacés, les rorquals communs sont plutôt épargnés, parce qu’ils se trouvent en bas de la chaîne alimentaire, alors que les cachalots s’avèrent 10 à 15 fois plus contaminés. La situation des globicéphales est encore pire, avec une contamination proche de la limite physiologique», constate Denis Ody. Ces polluants organiques persistants (POP) augmentent la mortalité des cétacés. Alors que la capacité de reproduction est maintenue, le taux de renouvellement de la population (15 à 20% par an) ne s’observe pas sur le terrain. Résultat: le taux de mortalité des juvéniles avoisine les 75%.

Enfin, deux activités accentuent la pression sur les cétacés. «La nage avec cétacés et le repérage aérien ne sont pas interdits dans le sanctuaire, ce qui ne favorise pas les pratiques vertueuses», note Denis Ody.

 

Gouvernance et plan de gestion à revoir

Au-delà du bilan, le WWF formule plusieurs recommandations pour que «Pelagos» retrouve de l’élan. Spécialiste du dossier (elle a œuvré pour la création du sanctuaire), l’association suggère de revoir la gouvernance pour donner davantage de moyens au secrétariat permanent basé à Gênes. «Il faudrait le doter d’un statut juridique différent pour qu’il soit moins dépendant des Etats parties», suggère Denis Ody. Un rôle moteur qui pourrait s’accompagner d’une implication accrue des autres acteurs, comme les aires marines protégées incluses dans le sanctuaire (le parc national de Port-Cros et plusieurs aires marines protégées italiennes).

Autre idée: revoir le plan de gestion conçu en 2004 autour de 10 grands principes théoriques. «Ce document est vaste et ambitieux mais il est flou», déplore l’observateur du WWF qui suggère de le remplacer par un plan plus opérationnel et plus court, s’étalant sur trois ans. Logiquement, les ressources financières doivent être revues à la hausse. Elles s’élèvent aujourd’hui à 500.000 euros par an, soit 0,06€ par hectare.

 

Recensement et régulation

«Alors qu’il n’existe en France aucun programme de recherche publique sur les cétacés de Méditerranée, les études financées dans le cadre du sanctuaire sont cruciales», note Denis Ody. Au total, 4 programmes triennaux ont été dépensés en 10 ans pour plus d’1 million d’euros. Il est désormais prioritaire d’engager un grand recensement des populations de cétacés. Seule une estimation évalue la fréquentation estivale du sanctuaire à environ 700 individus.

Enfin, une action sur le trafic maritime s’avère nécessaire pour limiter les collisions entre les cétacés et les navires. «Autant s’attaquer à la pollution chimique est compliqué, autant la régulation du trafic est possible», résume le spécialiste des cétacés. L’idée est de déployer, au sein des navires traversant la zone, le système Repcet développé par l’association Souffleurs d’écume et la société Chrysar. Collaboratif et opérationnel, ce dispositif permet ainsi de prévenir les navires ainsi équipés de la localisation des cétacés. Mais pour être efficace, il doit être largement diffusé. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui, puisqu’une dizaine de navires seulement l’ont adopté. Il en faudrait 30 ou 40 supplémentaires pour que cela change la donne. Enfin, le WWF porte le projet de création d’une zone maritime particulièrement vulnérable (ZMPV) auprès de l’Organisation maritime internationale. Un dispositif qui permettrait de réguler davantage le transport maritime, en obligeant les navires à déclarer les collisions ou encore à limiter leur vitesse à 13 nœuds dans le sanctuaire, ce qui permettrait de réduire fortement la mortalité accidentelle.



[1] polychlorobiphényles

[2] dichlorodiphényltrichloroéthane

 



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