Le Royaume-Uni va construire sa deuxième ligne de TGV

Le 11 février 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il faudra sans doute attendre 2040 pour voir les lignes achevées.
Il faudra sans doute attendre 2040 pour voir les lignes achevées.
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Le premier ministre Boris Johnson a donné son accord à la construction du HS2, qui promet d’être l’une des lignes de TGV les plus chères du monde.

Voilà 22 années que la Grande-Bretagne n’avait pas engagé la construction d’une ligne de train à grande vitesse. C’est chose faite. Ce mardi 11 février, le premier ministre britannique a donné son accord à la réalisation du projet HS2 (High speed 2, grande vitesse 2)[1], une ligne de TGV devant relier Londres à Birmingham, dans un premier temps, avant de continuer vers Leeds et Manchester.

Le premier tronçon pourrait être opérationnel vers 2031. Les voyageurs pourraient devoir attendre une décennie de plus avant de pouvoir relier rapidement Londres au nord-est de l’Angleterre.

deux fois plus cher que prévu 

C’est peu de dire, comme l’a fait Boris Johnson, que cette décision a été difficile à prendre et sera abondamment commentée. Car HS2 est l’un des projets d’infrastructures les plus mal gérés du royaume. Publié en 2015, le premier devis tournait autour de 56 milliards livres (66 milliards d’euros) pour les rames et 760 km de lignes. Selon un récent audit, le montant total de la facture pourrait dépasser les 105 milliards de livres (124 Md€). La construction de la première ligne, longue de 110 km, a coûté estimé à 6 milliards de livres (7 Md€)).

Plusieurs raisons expliquent un tel dérapage. Les premiers promoteurs du projet ont sous-estimé le coût de construction d’une ligne d’un train devant circuler à 360 km/h. Cette sous-estimation avait pour but de faciliter la prise de décision politique. Laquelle est attendue depuis … 10 ans.

études baclées

Autre insuffisance: les études de sol et de terrains. Les ingénieurs ont, cette fois-ci, mal évalué la nature des terrains à traverser. Nombre d’entre eux sont instables. D’autres, notamment à proximité de Londres, sont excessivement chers. Enfin, le tracé passe sur plus de 350 sites protégés. Les géomètres ont aussi oublié que sur un tracé de près de 400 km de long, on pouvait trouver des rivières. Bref, il fondra construire plus d’ouvrages d’art que prévu initialement et détourner quelques cours d’eau. Un détail !

De nombreux parlementaires et associations s’opposent à ce devrait devenir le plus vaste chantier du pays. StopHS2 estime ainsi que la seule construction de l’infrastructure ferroviaire contribuera à émettre 1,4 million de tonnes de CO2. D’autres regrettent le manque de connexion entre les deux réseaux de TGV HS1 et HS2.

Pour tenter de calmer les esprits échauffés, le Premier ministre a promis de dévoiler dans les prochaines semaines sa stratégie pour une «révolution des transports». Il a déjà débloqué 5 milliards de livres (6 Md€) sur cinq ans pour améliorer les réseaux de bus et les pistes cyclables. Selon lui, ces investissements doivent en outre permettre au Royaume-Uni de respecter son engagement d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050.



[1] HS1, la première ligne à grande vitesse britannique, est la ligne reliant le tunnel sous la Manche à Londres.