Le Royaume-Uni se dote d’une taxe carbone

Le 30 octobre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Philip Hammond présente le budget britannique post-Brexit.
Philip Hammond présente le budget britannique post-Brexit.
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Pariant sur un Brexit dur, Londres prévoit de taxer les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie lourde (production d’électricité comprise).


C’est à un exercice inédit que s’est livré Philip Hammond, le ministre des finances du Royaume-Uni. Ce mardi 30 octobre, le chancelier de l’échiquier a dévoilé le premier projet de budget post-Brexit. Un projet largement marqué par d’importantes baisses d’impôts, notamment pour les plus hauts revenus, a immédiatement commenté la Resolution Foundation. Ce n’est pas tout.

Le livre rouge, surnom du budget, indique en effet que «l’économie du futur sera verte et bas carbone. […] Le budget montre comment le gouvernement accélère la transition vers une économie décarbonée.» C’est là qu’il faut être attentif.

hard Brexit

Dans l’hypothèse d’un non-accord avec l’Europe sur la sortie de l’Union européenne, le budget 2019 impose, dès le 1er avril prochain, une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre pour toutes les installations soumises à la directive ETS, hors les nord-irlandaises. En 2019, il en coûtera 16 livres (18 euros) pour émettre une tonne de GES (sur la base du PRG du CO2): un niveau proche de celui du prix du quota européen sur le marché spot. Suffisamment élevé, en principe, pour mettre à mort les dernières centrales au charbon.

tout pour la route

Cette disposition pourrait toutefois être modifiée pour le cas où Londres et Bruxelles trouveraient finalement un accord sur le Brexit, ou sur une simple participation des installations britanniques au système communautaire d’échanges de quotas d’émission de gaz à effet de serre (ETS). Dans tous les cas, le prix plancher du carbone (18 livres la tonne de CO2 – 20,2 €/t) sera maintenu.

Les 28 milliards de livres (31 Md€) que rapporteront les taxes sur les carburants (inchangées depuis 9 ans) financeront l’amélioration du réseau routier britannique et notamment celui de l’autoroute M25, le super périphérique du Grand Londres. Un peu moins de 700 millions de livres (787 M€) serviront à financer les transports publics et les pistes cyclables dans les collectivités.

moins d'aides pour l'électrique

On est loin de la décarbonation des transports. D’autant que le livre rouge réduit de 4.500 à 3.500 £ (5.000 à 4.000 €) le montant des aides publiques à l’acquisition de véhicules électriques. Ces voitures devront afficher un rayon d’action minimal de 110 kilomètres.

Le carbone étant toujours parmi les Britanniques pour un certain temps, le gouvernement de Teresa May va consacrer 60 M£ (67 M€), l’an prochain, à l’agrandissement des puits de carbone du royaume. L’essentiel de cette ligne budgétaire sera distribuée sous forme de subventions aux grands propriétaires terriens (des lords le plus souvent) qui planteront beaucoup d’arbres, suceurs de CO2, sur leur propriétés.

puits de carbone

Le solde ira aux villes qui augmenteront leur surface d’espaces verts. En 2015, dans leur manifeste électoral, les conservateurs (Torries) promettaient de planter 11 millions d’arbres entre 2016 et 2020. Aux dernières nouvelles, moins de 2 millions sont déjà en terre.

Autre coup de griffe à la décarbonation: la mer du Nord. Jusqu’à présent, les différentes administrations prévoyaient de transformer les ports écossais en hub pour le recyclage des matériaux issus du démantèlement des plateformes pétrolières. Il n’est pas certain que la hausse récente des prix du brut accélère l’arrêt de la production des hydrocarbures en mer du Nord britannique.

Taxe plastique. Le Royaume-Uni compte taxer, à partir d’avril 2022, les emballages en plastique contenant moins de 30% de matières recyclées, selon Philip Hammond. Cette taxe, qui s’appliquera aussi bien aux fabricants qu’aux importateurs de produits, devrait accélérer le recyclage des plastiques outre-Manche.
 


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