Le Roundup devant un tribunal américain

Le 10 juillet 2018 par Marine Jobert
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Herbicide star de Monsanto, le Round Up.
Herbicide star de Monsanto, le Round Up.
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Atteint d’un cancer après avoir épandu l’herbicide de Monsanto, un Américain traîne la firme devant un tribunal. C’est la phase judiciaire d’une controverse scientifique mondiale sur la cancérogénicité du Roundup.

 

Dewayne Johnson, 42 ans, n’a probablement plus que quelques mois à vivre. La peau atteinte à 80% par un lymphome non hodgkinien (voir encadré), cet ancien employé d’une ville de la grande banlieue de San Francisco accuse Monsanto de l’avoir exposé, en toute connaissance de cause, à un produit cancérigène. De 2012 à 2015, il a épandu du Roundup dans les espaces verts dont il avait la charge, avant de déclarer un cancer qu’il impute à l’usage de l’herbicide. Il n’est pas le premier à avoir essayé de traîner au tribunal la multinationale -que vient de racheter le géant Bayer-, mais bien le premier à y parvenir. Son procès, qui a débuté mi-juin par des audiences techniques, est entré ce 9 juillet dans le vif du sujet: le Roundup est-il ou non un produit cancérigène? Monsanto en a-t-il volontairement caché la dangerosité?

Le lymphome non hodgkinien est inscrit au tableau des maladies professionnelles depuis 2015, suite à des «travaux exposant habituellement aux composés organochlorés, aux composés organophosphorés, au carbaryl, au toxaphène ou à l'atrazine». L’exposition peut avoir eu lieu «lors de la manipulation ou l'emploi de ces produits, par contact ou par inhalation», ou «par contact avec les cultures, les surfaces, les animaux traités ou lors de l'entretien des machines destinées à l'application des pesticides», ajoute le texte, qui fixe un délai de prise en charge de 10 ans, «sous réserve d’une durée d’exposition de 10 ans».

277 millions de dollars de provision       

Des milliers d’autres plaintes du même type sont dans les tuyaux, ce qui rend décisive cette audience, tant pour les plaignants que pour l’entreprise née de la fusion. C’est Bayer qui devra probablement assumer le risque litige de Monsanto, qui disposait l’été dernier d'un fonds de réserve de 277 M$ pour la responsabilité environnementale et judiciaire.

Monsanto Papers

Dans le jugement qui a permis que se tienne ce procès, le juge écrivait que «la correspondance interne [produite par le plaignant] pourrait étayer une conclusion du jury selon laquelle Monsanto était au courant depuis longtemps du risque que ses herbicides à base de glyphosate soient cancérigènes, mais a constamment cherché à influencer la littérature scientifique pour empêcher ses inquiétudes en interne d'atteindre la sphère publique et pour se prémunir d’actions en responsabilité contre ses produits». En mars 2017, des documents internes avaient notamment permis de confirmer les manœuvres de la firme de Saint-Louis (Missouri) pour tenir son produit à l’abri des soupçons sanitaires. Ils révélaient par exemple l’existence de complicités au sein de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), notamment avec un ancien directeur de la branche pesticides.

Controverses scientifiques

Aux avocats de Dewayne Johnson, il reviendra de prouver le lien entre sa maladie et ‘l’usage’ répété de glyphosate. Monsanto, de son côté, soutient que le temps qui s’est écoulé entre l’exposition au produit et le déclenchement de la maladie est trop court pour, le cas échéant, désigner le Roundup comme responsable. De plus, «la preuve scientifique est accablante que les produits à base de glyphosate ne causent pas le cancer et n'ont pas causé le cancer de Dewayne Johnson», a déclaré un avocat du groupe lors d’une prise de parole à l’ouverture du procès. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ, ou IARC selon l’acronyme anglais) avait classé en mars 2015 le glyphosate dans le groupe 2A, celui des cancérigènes ‘probables’ pour l’homme, à rebours des positions soutenues par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et l’EPA.



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