Le risque climatique, mal évalué par le secteur privé

Le 10 décembre 2018 par Romain Loury
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Une évaluation incomplète des risques
Une évaluation incomplète des risques

Si les grandes entreprises perçoivent la menace que fait peser sur elles le réchauffement climatique, elles peinent à en saisir tous les ressorts, révèle une étude publiée lundi 10 décembre dans la revue Nature Climate Change.

Le secteur privé ressent de plus en plus les effets du réchauffement en cours, notamment via des arrêts de production suite à des catastrophes climatiques toujours plus fréquentes. Raison pour laquelle les investisseurs leur demandent des comptes à ce sujet, que ce soit pour évaluer les risques futurs qu’elles encourent, ou pour se doter de stratégies d’adaptation.

Allie Goldstein, de l’ONG américaine Conservation International (Arlington, Virginie), et ses collègues ont épluché les communications relatives à la prise en charge du risque climatique de 1.630 grandes entreprises mondiales, pour l’année 2016. Si l’analyse confirme que le secteur privé a bien conscience du risque, elle révèle aussi des évaluations à trop courte vue.

Une forte sous-estimation financière

Selon les chercheurs, la mise bout à bout des risques financiers estimés par les entreprises ne s’élève qu’à quelques dizaines de milliards de dollars, alors que des estimations plus globales font état de l’ordre de milliers de milliards de dollars. Soit un facteur 100, ce qui révèle une très nette sous-estimation des risques par les entreprises.

Comment expliquer cet écart? Selon les auteurs de l’étude, le secteur privé effectue des évaluations trop resserrées sur leur champ d’opération, et oublient souvent d’inclure les chaînes d’approvisionnement –seules 15% des risques évoqués par les entreprises en font état. De même, seuls 8% des risques climatiques évoqués ont trait aux clients, alors que plusieurs études pointent une baisse du pouvoir d’achat dû au réchauffement –elle pourrait atteindre -23% en 2100.

Un risque de plus

Trop souvent, le changement climatique est présenté comme un risque de plus, qu’il s’agit d’aborder comme d’autres risques financiers. Or cette pratique «business as usual» se prête bien mal à un phénomène aussi complexe que le réchauffement. Selon les chercheurs, les entreprises ne tiennent ainsi pas compte des effets non linéaires du réchauffement, comme les «points de bascule» («tipping points» en anglais), qui nécessiteront «des changements radicaux et une adaptation s’accompagnant d’une réelle transformation».

Quant aux stratégies d’adaptation, elles demeurent essentiellement centrées sur l’entreprise, que ce soit par des approches «douces» (planification, dérisquage, etc.) ou «dures» (construction d’infrastructures adaptées). Seules 54 entreprises, soit 3,3% d’entre elles, ont prévu des adaptations d’ordre écosystémique, tels que la restauration et la conservation d’écosystèmes dont elles dépendent.



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