Le retour des guerres de l’eau

Le 23 mars 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les usines de dessalement: prochaine cible des terroristes?
Les usines de dessalement: prochaine cible des terroristes?

Depuis des décennies, les géostratèges nous l’annoncent. Sous l’effet de la croissance démographique, des changements de régime de précipitations, des besoins croissants, les conflits d’usage de l’eau sont inévitables. Certains les voient démarrer sur les bords du Jourdain (où du moins ce qu’il en reste). D’autres sur les bords du Sénégal ou du Niger. A moins que ça ne soit le long du fleuve Amour, si mal nommé.

Fort heureusement, comme les cavaliers tartares de Dino Buzzati, ces guerres de l’eau restent une chimère. Que soit sur les rives du Rhin, du Mekong, du Jourdain ou de l’Indus, les nations ont toujours su s’entendre pour gérer (plus ou moins bien) leurs ressources hydriques communes.

Le mythe vient toutefois d’être ressuscité des deux côtés de l’Atlantique en même temps.

Jeudi 22 mars, au cours d’une conférence consacrée aux problèmes de sécurité climatique, le ministre britannique de l’énergie et du changement climatique a fait part de ses inquiétudes.

«Les nations ne se sont pas fait la guerre pour l’eau, a rappelé Ed Davey. Mais je crains pour le monde que l’instabilité climatique ne crée l’instabilité politique. Même une hausse relative des températures —moins que les 4°C que nous prédisent les scientifiques— pourrait diminuer les rendements agricoles. A un moment où la population augmente, et ses besoins avec, cela signifie que la demande alimentaire va croître de plus de 70% d’ici 2060. D’un autre côté, ce sont 1,8 milliard de personnes qui devraient être soumises à un stress hydrique à cette échéance.» Avec les conséquences que l’ancien député libéral-démocrate nous laisse imaginer.

Quelques heures plus tard, la mobilisation était tout autre à Washington. La secrétaire d’Etat s’est vu remettre, par le patron de la communauté américaine du renseignement, un rapport sur la «sécurité de l’eau».

S’appuyant sur des études menées par les nombreuses agences d’espionnage US et sur une synthèse de la littérature scientifique, le document estime que les problèmes d’eau vont devenir particulièrement aigus au Moyen Orient et en Asie du Sud, dans la prochaine décennie.

En cause, une baisse des débits, un usage accru, un manque de gestion commune des bassins dans certaines régions. «En 2030, l’humanité aura besoin de puiser 6.900 milliards de mètres cubes d’eau, soit 40% de plus que ce qu’un approvisionnement ‘durable’ peut lui offrir», estiment les rapporteurs. Dans le même genre: «Un tiers de la population mondiale vivra, en 2030, dans un bassin où le déficit hydrique sera supérieur à 50%».

Conséquence logique: «Le manque d’eau sera un facteur de déstabilisation dans certains pays qui n’ont pas les ressources financières ou techniques pour résoudre leurs problèmes hydriques internes».

Plus étonnant, les espions US craignent la multiplication des actes terroristes liés à l’eau. Du terrorisme d’Etat, pour commencer, avec des restrictions d’accès à l’eau imposées à des minorités jugées remuantes par des administrations peu soucieuses du respect des droits de l’homme. Terrorisme d’organisations ou d’Etat «voyous» qui n’hésiteront plus, avancent les autorités US, à s’en prendre aux aqueducs, barrages et autres usines de dessalement. Rassurant.



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