Le retour des farines animales

Le 07 septembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A l’évidence, la sécurité sanitaire coûte cher. Et la Commission européenne aimerait bien alléger le poids financier et administratif des mesures qui ont permis pratiquement permis d’éradiquer l’épidémie des encéphalopathies spongiformes. Apparue dans les années 1980, cette maladie de la vache folle est la conséquence de l’une des plus graves crises sanitaires qu’ait connue l’Union européenne : 180.000 bovins atteints, 4 millions de bêtes abattues et incinérées et près de 200 personnes décédées des suites d’une variante de la maladie de Creutzfeld-Jacob, transmise par les animaux malades.

Tout commence avec l’autorisation donnée par les autorités britanniques de donner, comme complément alimentaire aux ruminants des farines « animales » fabriquées à partir de carcasses d’autres ruminants, notamment des moutons. Ces derniers sont parfois atteints d’une forme d’encéphalopathies spongiformes, la tremblante ; un mal décrit en 1730. Jusqu’ici, les scientifiques n’imaginaient pas que les encéphalopathies spongiformes puissent franchir la barrière des espèces. Hélas, au milieu des années 1980, les services vétérinaires britanniques notent une augmentation significative du nombre de vaches présentant des symptômes neurologiques atypiques. En décembre 1987, des études concluent que l'hypothèse la plus probable pour expliquer l'apparition de la maladie est l'incorporation, dans la ration alimentaire des ruminants, de farines d'origine animale. La crise de la vache folle commence.

Le 16 juillet dernier et en toute discrétion, la Commission européenne transmet au Parlement une note d’apparence anodine. En 13 pages, Bruxelles propose une nouvelle stratégie de surveillance des encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST), pour les années 2010-2015. Celle doit succéder à la «  Feuille de route pour les EST », adoptée par l’Europe le 15 juillet 2005.

 

Pour commencer, l’exécutif européen propose d’amender la liste des parties des animaux qui sont systématiquement retirés de la carcasse pour diminuer les risques de contamination. Cette diminution du nombre des « matériaux à risques spécifiés » serait toutefois fixée après avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Un avis qui doit être rendu avant la fin de l’année.

Toutefois, la Commission suggère que « l’obligation d’éliminer les MRS de la chaîne alimentaire humaine et animale, qui incombe actuellement aux États membres bénéficiant du statut de risque négligeable selon le code de l’OIE, pourrait être réexaminée si un nombre croissant d’États membres obtiennent le statut de risque négligeable pour lequel aucune liste de MRS n’a été établie. »

On le sait peu, les aliments destinés aux animaux d’élevage sont parfois contaminés par composants d’origine animale, ce qui est interdit depuis 2001. Problème, les moyens de contrôle, microscopiques notamment, ne sont pas totalement fiables. Ce qui explique que la Commission milite pour la « levée de l’interdiction des farines animales pour les non-ruminants (porcs, volailles, poissons) ». Car la réintroduction des « protéines animales transformées dans les aliments pour non-ruminants permettrait à l’UE de réduire la dépendance à d’autres sources de protéines. »  

Les Etats membres sont tenus de dépister l’ESB « chez tous les bovins âgés de plus de 30 mois abattus dans des conditions normales en vue de la consommation humaine (animaux sains abattus) et tous les bovins âgés de plus de 24 mois qui sont morts/ont été tués ou ont été soumis à un abattage d’urgence (animaux à risque). » L’épizoothie ayant chuté, 17 Etats membres ont demandé et obtenu d’alléger un peu cette surveillance. Entre 2008 et 2009, le nombre de tests a ainsi été réduit d’un tiers, ce qui a permis de faire passer le coût de la surveillance de l’ESB en abattoir à 10,1 millions d’euros, en 2009, contre 14,15 millions l’année précédente. Cette économie reste insuffisante. Aussi, Bruxelles appelle à réduire encore le nombre de test, par exemple en réalisant des tests de dépistage « sur un échantillon statistique de bovins au-dessus d’un certain âge, dans chaque sous-population (animaux sains abattus et animaux à risque) ».

Aujourd’hui, la découverte d’un bovin atteint de l’ESB entraîne « la mise à mort et la destruction complète des bovins faisant partie de la «cohorte» dans laquelle a été détecté le cas d’ESB (à savoir les bovins nés dans le même troupeau que l’animal infecté, dans les 12 mois précédant ou suivant la naissance de ce dernier et qui ont pu consommer les mêmes aliments contaminés que lui). » Demain, ce ne sera peut-être plus le cas. La Commission suggère de « ne plus abattre systématiquement la cohorte » et d’autoriser « l’abattage de ces animaux à des fins de consommation humaine sous réserve qu’ils aient été soumis, préalablement à leur entrée dans la chaîne alimentaire, à un test de dépistage ayant donné des résultats négatifs. » L’incapacité récente des autorités britanniques à empêcher l’«  entrée dans la chaîne alimentaire » de bovins génétiquement modifiés (JDLE) n’a pas encore servi de leçons aux experts européens.



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