Le littoral a rendez-vous avec l’érosion et la submersion

Le 22 juin 2018 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Le trait de côte devrait reculer de 65 mètres d'ici à 2050
Le trait de côte devrait reculer de 65 mètres d'ici à 2050

Les côtes de la Nouvelle Aquitaine sont exposées à deux aléas majeurs, qui prendront de l’ampleur avec le réchauffement climatique: l’érosion côtière et la submersion marine.

 

Entre les ravages de la tempête Xynthia, en février 2010, et l’évacuation de l’immeuble Le Signal, au sud de Soulac-sur-Mer, en janvier 2014, le littoral aquitain a montré ses fragilités. Selon le rapport AcclimaTerra diffusé le 1er juin, l’érosion a atteint des records le long des littoraux sableux du nord de la région, sur les plages adjacentes aux embouchures de Maumusson et d’Arcachon et à l’estuaire de la Gironde.

Un trait de côte en recul variable

Son évolution passée et à venir reste toutefois à préciser, l’évaluation du trait de côte actuel de référence ayant été réalisée entre 2008 et 2013, «ce qui ne permet pas d’appréhender l’impact de l’hiver 2013/2014 qui a été très énergétique», notent les auteurs.

Jusqu’ici stables, plusieurs zones ont en effet subi un recul du pied de dune souvent supérieur à la dizaine de mètres, et même 60 m au sud de l’île d’Oléron. «A la sortie de cet hiver, le trait de côte s’est retrouvé proche, voire au-delà dans les terres, de l’estimation des scientifiques pour 2040», affirme le rapport.

L’érosion connaît des évolutions différentes selon les zones. Constante à la Pointe de la Négade depuis 1950, à raison de 4,6 m par an, elle est plus récente mais plus forte au sud d’Oléron: 8 m/an depuis 1970. Si elle s’accélère notablement sur les côtes dominées par les vagues, elle atteint une moyenne de 1,1 m/an sur l’ensemble du littoral, supérieure à la hausse estimée avec la loi de Bruun[1], sans doute parce que d’autres phénomènes que le réchauffement climatique sont en jeu comme le déficit des stocks sédimentaires sur le plateau. «Les indicateurs tels que le recul du trait de côte ne donnera de réelles indications sur les impacts du changement climatique que d’ici plusieurs décennies, lorsque les autres évènements extrêmes comme la variabilité naturelle du climat, pourront être filtrés», soulignent les auteurs. Les inquiétudes n’en sont pas moins fortes, alors que l’Observatoire de la Côte Aquitaine estime que le recul moyen du trait de côte pourrait atteindre 65 m en 2050, voire plusieurs centaines de mètres le long des secteurs les plus mobiles.

Submersions irrémédiables

Les analyses effectuées au lendemain de la tempête Xynthia, en 2010, ont par ailleurs mis en lumière l’extrême vulnérabilité des Pertuis Charentais aux submersions marines avec près de la moitié de la bande côtière (à 10 km du littoral) située sous les plus hautes marées de vives eaux. Xynthia n’est pas un événement isolé, le littoral ayant connu 5 autres tempêtes comparables au cours du siècle passé dans le centre du golfe de Gascogne, en 1924, 1949, 1941, 1957 et 1999. Mais contrairement à l’érosion, l’impact du changement climatique sur la submersion est clairement identifié.

«A l’avenir, si les régimes de tempêtes évoluent peu, l’élévation du niveau de la mer[2] entraînera mécaniquement une hausse de l’intensité et de la fréquence des submersions marines. Un phénomène particulièrement inquiétant pour les zones basses côtières, notamment en Charente-Maritime», prévoient les auteurs du rapport AcclimaTerra.

Protection, repli, atténuation

En conclusion, l’opus appelle à mettre l’imagination au pouvoir. Pour s’adapter aux impacts du changement global, la protection par les ouvrages n’est plus la seule et unique stratégie à adopter. Il est désormais temps de «vivre avec le risque», «d’anticiper et de limiter les dégâts», «d’organiser des moyens de remise en état rapide» et «surtout de faire évoluer les modes de vie», notent les auteurs. Les actions de protection (construction de digues ou mise en place d’enrochements) doivent être complétées par des stratégies de relocalisation, déjà expérimentées en 2012 par trois communes[3]. Ce test a mis en évidence le vide juridique existant sur la déconstruction d’un bien privé à titre préventif face au risque de submersion ou d’érosion, ainsi que la difficulté de trouver des implantations sur un littoral déjà contraint en matière d’urbanisation. Autre problème juridique: l’indemnisation des habitants évacués d’un immeuble exposé à l’érosion n’est toujours pas possible au titre du fonds Barnier, comme l’ont montré les récentes actions judiciaires des copropriétaires du Signal. Seule une évolution législative pourrait faire bouger les lignes.

Enfin, des actions d’adaptation sont à prendre en compte. Les auteurs évoquent la mise en place de grandes plaines d’inondation avec des digues de second rang, dans des zones où les aléas sont moins forts. Les avantages sont nombreux: faible coût, nouvelles zones de nurseries pour les poissons et les coquillages, nouveaux habitats pour les oiseaux migrateurs, épuration naturelle des eaux… La réponse politique ne doit pas non plus faire l’impasse sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre. «En Nouvelle-Aquitaine comme ailleurs, une politique publique d’atténuation du changement climatique pourrait faciliter la gestion des aléas littoraux sur le très long terme», concluent les auteurs.



[1] La loi de Bruun utilise des paramètres géométriques d’une section de plage pour prédire son retrait en cas d’élévation du niveau marin.

[2] D’au moins 30 centimètres d’ici la fin du siècle selon les prévisions, quel que soit le scénario d’émissions de gaz à effet de serre

[3] Dans le cadre d’un appel à projets du ministère de l’écologie

 



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus