Le recyclage des éoliennes terrestres tourne en rond

Le 18 octobre 2019 par Stéphanie Senet
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Un pic de démantèlement est attendu en 2030
Un pic de démantèlement est attendu en 2030
VLDT

La filière éolienne terrestre pourrait réduire son empreinte environnementale en mettant en place une filière à responsabilité élargie du producteur (REP), selon un rapport du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD).

8.000 éoliennes. Indispensables pour accroître la part des énergies renouvelables en France, elles représentent une puissance installée de 15,1 gigawatts (GW) au 31 décembre 2018, pour une production de 27,8 TWh/an[1]. Elles pâtissent pourtant d’un bilan environnemental peu optimal, en raison d’une mauvaise valorisation des matériaux lorsqu’elles sont hors d’usage. Récente, la prise en compte de leur fin de vie est inscrite dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui préconise le recyclage obligatoire des matériaux à partir de 2023 lors du démantèlement des installations ainsi que la réutilisation des sites en fin de vie pour y implanter des machines plus performantes. Un vœu pieu?

Pic de démantèlement en 2030

Bonne nouvelle: les éoliennes usagées ne comportent pas de déchets dangereux selon la Direction générale de la prévention des risques (DGPR). En moyenne, pour chaque mégawatt de puissance installée, un aérogénérateur génère 169 tonnes de métaux divers et 455 t de béton et de ferrailles pour les fondations, indique l’Agence de l’environnement et de maîtrise de l’énergie (Ademe). Alors que les éoliennes ont une durée de vie moyenne de vingt ans, le rapport estime que les tonnages de déchets seront significatifs dès 2024-2025, avec un pic de démantèlement du parc à prévoir en 2030. Cette année-là, 939.000 t de matériaux seront à traiter, dont 713.000 t de béton, 166.000 t d’acier, 36.000 t de fonte, 4.000 t de cuivre, 3.000 t d’aluminium, et 17.000 t de composite.

Un soupçon de terres rares

Certaines éoliennes à entraînement direct comportent par ailleurs des aimants permanents renfermant environ 30% de terres rares : néodyme, praséodyme, dysprosium et terbium. Ces installations ne représentent toutefois que 3% du parc français. Insuffisant pour justifier, à elles seules, la création d’une usine de traitement des aimants permanents. Il faudrait attendre 2040 et la fin de vie des éoliennes offshore pour obtenir des quantités suffisantes.

Enfouissement et CSR

Point noir : le recyclage s’avère aujourd’hui quasi-inexistant. Les auteurs du rapport rappellent que l’enfouissement est de rigueur pour le béton et les composites des pales, l’incinération étant réservée aux autres matériaux des pales, avec valorisation des combustibles en cimenterie.

A noter que du béton est aussi valorisé en sous-couches routières et en remblais dans les travaux publics. Plus intéressant, le projet Recybéton permet de réutiliser des granulats de béton concassé issu de la déconstruction dans la fabrication d’un nouveau béton. Il existe enfin plusieurs projets de traitement des composites mais à l’état seulement d’expérimentation.

Quelques entreprises se sont par ailleurs lancées sur le marché du réemploi, dont Spares in Motion, une plateforme néerlandaise de pièces détachées d’éoliennes neuves et d’occasion et Repowering solutions, une entreprise espagnole commercialisant exclusivement des pièces usagées. Plus jeune, Mymindparts se positionne également sur ce créneau en France.

Garanties et responsabilité

Manquant de données sur les coûts de démantèlement et de traitement, les auteurs préconisent de gonfler les garanties financières obligatoires aujourd’hui (50.000 euros par éolienne) d’une part variable en fonction de la masse de l’installation.

Plus important, ils recommandent de mettre en place une filière à responsabilité élargie du producteur (REP) sur le modèle des véhicules hors d’usage, c’est-à-dire sans éco-organisme ni éco-contributions. Principal atout : la création d’un réseau d’opérateurs compétents pour démonter, collecter, transporter et traiter les pales. Autre avantage: responsabiliser les fabricants pour trouver des solutions de recyclage des résines thermodurcissables ou des résines alternatives.

Des critères d’éco-conception devraient accompagner les appels d’offre lancés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), comme l’efficacité massique ou la recyclabilité des matières composant les pales, ainsi qu’une analyse de cycle de vie obligatoire, ajoutent les rapporteurs.

Optimisation des sites d’implantation

Le rapport recommande un suivi de la fin de vie des parcs éoliens par le Commissariat général au développement durable (CGDD) ainsi qu’une cartographie favorisant la réimplantation de nouvelles installations sur d’anciens sites. Pour être optimal, ce « repowering » devrait s’accompagner d’une nouvelle obligation d’excavation complète des « massifs d’ancrage ». Sans oublier les soutiens à la R&D visant le recyclage des fibres de verre et des aimants permanents ainsi que la conception de nouvelles résines et d’aimants moins riches en terres rares.

 

 



[1] Soit 5% de la production 2018 d’électricité française.

 



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