Le réchauffement va plus vite que prévu

Le 17 septembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le climat serait plus sensible que prévu aux GES.
Le climat serait plus sensible que prévu aux GES.
CNRS

Deux équipes françaises de modélisateurs publient le résultat de leurs calculs. Verdict : le réchauffement ira plus vite que prévu dans la deuxième moitié du siècle. Ce qui devrait influer sur les politiques d’atténuation et d’adaptation.

À chaque rapport d’évaluation du Giec, c’est la même chose. Les spécialistes de la modélisation des changements climatiques font tourner leurs super ordinateurs. But de la manœuvre : modéliser les affres du réchauffement pour les décennies et les siècles à venir, en prenant en compte les résultats des travaux les plus récents.

C’est à cet épineux exercice que se sont attelés deux équipes françaises: l’une regroupée autour de l’institut Pierre-Simon Laplace (IPSL), l’autre autour du centre national de recherches météorologiques (Météo France/CNRS/Cerfacs).

Reconstitution du réchauffement récent

Travaillant dans le cadre du 6e programme mondial d’intercomparaison des modèles sur le climat (CMIP6)[1], cette centaine de chercheurs ont simulé l’évolution du climat d’ici la fin du siècle. Non sans avoir reconstitué (avec précision) l’évolution récente du réchauffement. Première constatation: les deux modèles reproduisent assez bien l’évolution des températures moyennes globales depuis 1850. Un gage de sérieux pour la suite.

En se basant sur une nouvelle génération de scénario (SSP, qui combinent les phénomènes naturels et leurs interactions, les émissions de gaz à effet de serre naturelles et anthropiques, l’évolution de nos sociétés) les deux modèles présentent des résultats proches jusqu’en 2040: un réchauffement de 2°C par rapport à 1880. Les projections à plus long terme sont encore plus pessimistes.

+1°C en 7 ans

Les résultats des modélisations françaises annoncent un réchauffement plus important à l’horizon 2100 que les versions établies en 2012, en particulier pour les scénarios les plus émetteurs. Une tendance que l’on observe dans d’autres travaux menés à l’étranger.

Selon le scénario le plus «pessimiste» (SSP5 8,5 – croissance économique rapide alimentée par des énergies fossiles), l’augmentation de la température moyenne globale bondirait de 6 à 7 °C entre 1880 et 2100 : +1 °C de plus que dans les précédentes estimations. Enorme, si l’on considère qu’il a fallu 10.000 ans, lors de la dernière déglaciation, pour que le thermomètre mondial grimpe de 3 à 4°C.

Réduction du budget carbone

Seul l’un des scénarios socio-économiques (SSP1 1,9 – marqué par une forte coopération internationale et donnant priorité au développement durable), permet de stabiliser le réchauffement sous la barre des 2 °C, au prix d’efforts d’atténuation très importants. Comme l’indiquait, en octobre dernier, déjà le rapport du Giec sur la possibilité de stabiliser le réchauffement à 1,5°C.

Les raisons de cette accélération restent mal connues. L’hypothèse la plus probable est que le climat est plus réactif à l’accroissement de la concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère qu’on ne le pensait jusqu’alors. Si cette «sensibilité climatique» s’avérait effectivement plus forte que prévu, cela réduirait singulièrement notre budget carbone. Et renforcerait d’autant l’urgence à agir.



[1] Dans le cadre du CMIP6, 20 centres de modélisation testent une trentaine de modèles climatiques.

 



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