Le réchauffement, un frein à la lutte contre le sida

Le 25 janvier 2019 par Romain Loury
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L'insécurité alimentaire favorise les épidémies
L'insécurité alimentaire favorise les épidémies

Au-delà des canicules mortelles et des maladies vectorielles, le réchauffement climatique pourrait avoir de nombreux effets sanitaires. En particulier sur l’infection par le VIH, révèle une étude menée au Lesotho et publiée dans PLoS Medicine, qui montre un risque accru de contamination dans les zones les plus exposées à la sécheresse.

C’est un effet potentiel du réchauffement, jusqu’alors peu soupçonné, que révèlent Andrea Low, de la Mailman School of Public Health (université de Columbia, New York), et ses collègues: dans leur étude menée au Lesotho, les chercheurs montrent que la sécheresse a un effet important sur le risque d’infection par le VIH, qui frappe 25% de la population de ce petit pays frontalier de l’Afrique du Sud.

Les chercheurs ont interviewé 12.887 personnes, aussi bien en zone urbaine que rurale, en 2016 et 2017. Soit après un intense épisode El Niño qui a provoqué une sécheresse historique dans le pays, entraînant une baisse de 67% de la production de maïs et l’obligation pour un quart de la population de recourir à l’aide alimentaire.

Pauvreté, insécurité alimentaire, infection

Les résultats montrent que, dans les zones les plus touchées par la sécheresse, les jeunes femmes (15-19 ans) présentaient un risque d’infection par le VIH accru de 80% par rapport aux zones moins sévèrement frappées. Un phénomène qui était lié, toujours dans ces zones, à un recours plus fréquent à la prostitution, à un abandon scolaire plus précoce, ainsi qu’à un plus jeune âge lors du premier rapport sexuel.

Selon les chercheurs, la sécheresse accroît la précarité, contraignant les familles à marier leurs filles plus jeunes. Face à la pénurie alimentaire, nombre d’entre elles se voient par ailleurs obligées de vendre leur corps pour se nourrir. «L’impact du changement climatique sur la santé humaine devient de plus en plus manifeste. Les extrêmes climatiques sont souvent associés à des changements comportementaux dans une population qui tente de survivre lors d’une crise agricole», expliquent les auteurs.

Une prise en charge médicale moins efficace

Outre une moindre protection des relations sexuelles, l’insécurité alimentaire, et les contraintes économiques qu’elle engendre, pourrait diminuer l’accès à la trithérapie, réduire l’adhérence au traitement, voire limiter l’absorption des médicaments par l’organisme. Or un patient mal traité est plus contaminant qu’un patient dont le VIH est bien contrôlé.

«Il s’agit de la première étude à montrer un lien entre un choc climatique et l’épidémie de sida depuis que la trithérapie est devenue plus accessible en Afrique subsaharienne (…) C’est une nouvelle alerte sur les effets inattendus qu’aura le réchauffement climatique sur la santé publique», commente Jessica Justman, chercheuse à la Mailman School of Public Health et responsable d’un programme de surveillance du VIH au Lesotho.



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