Le réchauffement plus vite que la recherche agronomique

Le 20 juin 2016 par Romain Loury
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Menace sur le maïs africain
Menace sur le maïs africain

Le développement de semences adaptées au réchauffement climatique ne va pas assez vite: à ce rythme-là, c’est la hausse de température qui devrait rapidement gagner la course, entraînant des baisses de rendement et une insécurité alimentaire croissante, selon une étude publiée lundi 20 juin dans Nature Climate Change.

Du fait du réchauffement, les cultures agricoles mettent moins de temps à pousser, donnant lieu à de moins gros fruits et donc à une baisse de rendement. Or le phénomène pourrait rapidement s’emballer, révèlent Andy Challinor, climatologue à l’université de Leeds (Royaume-Uni) et ses collègues: selon leur modélisation menée sur la culture de maïs en Afrique, le temps écoulé entre la germination et la récolte devrait être significativement plus court dès 2018 dans certains pays, et d’ici à 2031 pour la majorité de l’Afrique subsaharienne, par comparaison avec la période 1995-2014.

Comment s’adapter à ce phénomène? En recourant à des semences plus adaptées à la chaleur et à la sécheresse. Simple sur le papier, beaucoup moins dans la réalité: entre la recherche et la sélection d’une telle variété, l’autorisation de mise sur le marché, sa mise à disponibilité des agriculteurs et son acceptation par la population, il s’écoule jusqu’à 30 ans. Trois décennies pendant lesquelles le réchauffement aura encore progressé, rendant la semence moins efficace qu’elle ne l’était lors des tests.

Pour rester dans la course, les chercheurs estiment qu’il faut en premier lieu accélérer le processus de mise au point des semences: technologie plus poussée pour l’identification des semences, processus d’autorisation accéléré pour les caractères végétaux les plus critiques, accès facilité des agriculteurs au marché des semences, etc. En raccourcissant le délai de 30 ans à 10 ans, les rendements pourraient rester similaires jusqu’en 2050.

Atténuer les émissions au plus vite

Autre possibilité, voir plus loin dans le développement des semences, en se basant pour cela sur la température à laquelle elles seront soumises lors de leur disponibilité effective. Enfin, le plus important, mais pas le plus immédiat, est évidemment d’atténuer les émissions de gaz à effet de serre: selon les chercheurs, passer d’un scénario tendanciel RCP8.5 (jusqu’à +3,8°C au niveau mondial en 2100) à un RCP2.6 (au maximum +1,7°C en 2100) permettrait de juguler la baisse de rendement, au moins autant que les meilleurs efforts pour réduire le temps de disponibilité de nouvelles semences.

Selon Andrew Jarvis du Centre international d’agriculture tropicale à Cali (Colombie), impliqué dans ces travaux, «le meilleur investissement que l’on puisse faire en matière d’adaptation au changement climatique c’est dans la recherche agronomique, afin de développer et de disséminer les technologies pour l’obtention de nouvelles semences. Des financements consacrés à la cause climatique pourraient être utilisés pour aider les agriculteurs à anticiper le changement, avec des bénéfices importants pour la sécurité alimentaire mondiale».



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