Le réchauffement menace les relations fleur-pollinisateur

Le 09 janvier 2015 par Romain Loury
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Argentina anserina, avec ou sans UV
Argentina anserina, avec ou sans UV
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De manière à protéger leur pollen des rayons ultraviolets, les pétales de fleur deviennent plus foncés à mesure que l’on s’approche de l’équateur, révèle une étude américaine publiée dans la revue Nature Plants. Avec le réchauffement en cours, les relations avec les insectes pollinisateurs pourraient s’en trouver bouleversées.

C’est l’ornithologue allemand Constantin Lambert Gloger qui l’a observé en 1833: à latitude décroissante, le plumage des oiseaux devient plus sombre au sein d’une même espèce. Les plumes deviendraient plus chargées en eumélanine, pigment qui protège celles-ci contre la chaleur et l’humidité.

La règle de Gloger a depuis été étendue à d’autres espèces, notamment de mammifères. En particulier à l’homme: près des tropiques, sa couleur noire s’expliquerait par la nécessité de se protéger des rayons UV, tandis que la couleur blanche, aux latitudes plus élevées, favorise la synthèse de vitamine D.

Une fleur plus sombre aux UV

Or pour la première fois, la règle de Gloger vient d’être appliquée à des plantes, en l’occurrence à la potentille ansérine (Argentina anserina), commune dans les régions tempérées. Comme bien d’autres fleurs, les siennes disposent au niveau de leurs pétales d’une zone sombre, surnommée «bullseye» («œil de taureau» en anglais), créant un cercle sombre autour de la corolle. Du moins lorsqu’on les expose aux UV, car aucune différence ne peut être discernée à l’œil nu.

Dans leur étude, Matthew Koski et Tia-Lynn Ashman, de l’université de Pittsburgh (Pennsylvanie), démontrent que la taille de cette zone, par rapport à la surface totale des pétales, varie avec la latitude. Et c’est l’abondance d’UV qui est le facteur crucial. Selon l’analyse qu’ils ont menée sur des fleurs de potentille cueillies dans trois Etats américains et en Nouvelle-Zélande, l’exposition à ces rayons solaires expliquerait 24% des variations de taille de la zone sombre.

Située à la base des pétales, cette zone absorbe les UV, contrairement à la pointe des pétales, qui les réfléchit. Selon les chercheurs, l’un des objectifs serait d’empêcher les rayons d’endommager les grains de pollen. Leurs résultats le démontrent: après exposition aux UV, les grains de pollen issus de plantes peu dotés en «bullseye» germent 28% moins bien que celles qui en possèdent un plus étendu.

Quel impact du réchauffement?

Capables de s’adapter à l’intensité UV, les plantes pourraient donc être amenées à en absorber plus à l’avenir: «dans le passé, la perte de la couche d’ozone a entraîné un plus grand rayonnement UV, particulièrement aux latitudes intermédiaires et dans les régions polaires, et les futurs changements climatiques pourrait continuer à modifier l’exposition aux UV», rappellent les chercheurs.

Or ce qui pourrait être bénéfique pour le pollen ne l’est pas forcément pour les relations avec les insectes pollinisateurs, qui contrairement à l’homme perçoivent les rayons UV. Les motifs réfléchis par les fleurs permettent même de les guider vers la corolle.

Face au changement climatique, «la réponse  des fleurs en termes de pigmentation pourrait générer un désappariement entre elles et leurs pollinisateurs, fragilisant un peu plus cet important service écosystémique», concluent les chercheurs. A moins que, outre les UV, la relation avec les pollinisateurs constitue un autre facteur de sélection important pour la taille du «bullseye».



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