Le réchauffement frappera les économies américaine et européenne

Le 26 juin 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Contribuer au réchauffement pour se rafraîchir
Contribuer au réchauffement pour se rafraîchir
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A Washington comme à Bruxelles, le doute n’est plus permis: le réchauffement aura des effets dévastateurs sur les économies des deux puissances. Reste à en convaincre les politiques.

A croire qu’ils s’étaient donné le mot. Mercredi 25 juin, le centre commun de recherche européen (JRC) a rendu publique une étude portant sur notre avenir climatique. Quelques heures plus tôt, trois financiers américains avaient présenté leur évaluation des impacts sur l’économie de l’Hyperpuissance des conséquences des changements climatiques. Sans surprise, les projections sont sombres sur les deux rives de l’Atlantique.

Un réchauffement de 3,5°C

L’étude du JRC pour la période 2071-2100, les effets d’un réchauffement d’environ 3,5°C[1] sur l’agriculture, l’énergie, les inondations, les incendies de forêt, les infrastructures de transport, les côtes, le tourisme, la forêt et la santé. Soit l’évolution probable de la température moyenne si nous ne réduisons pas massivement nos émissions de gaz à effet de serre d’ici le milieu du siècle.

Sous l’effet du réchauffement et de l’évolution du régime des précipitations, le volume des récoltes des pays de l’Union devrait baisser d’environ 10% d’ici à 2080. Un chiffre largement imputable à la chute de 20% du rendement des cultures qui devrait être observée dans les pays de la frange méditerranéenne, par rapport à la période 1961-1990.

800.000 hectares à brûler

Dans cette même région, les surfaces menacées par les incendies devraient atteindre les 800.000 hectares. De trop fortes chaleurs, un moindre accès à l’eau réduiront l’attrait de ces régions. Le chiffre d’affaires de leurs activités touristiques pourrait ainsi baisser de 5 à 7 milliards d’euros par an.

Les vagues de chaleur qui frapperont les zones urbaines pourraient être dévastatrices. En accroissant les effets sanitaires imputables à la pollution de l’air urbain, elles pourraient accroître de 100.000 personnes par an le nombre de décès prématurés: plus que lors de la canicule de 2003.

Faites chauffer la clim

Les énergéticiens ne seront pas à la fête. L’adoucissement du climat dans de nombreuses régions d’Europe va réduire de 13% la consommation d’énergie de l’UE. Seule exception: la péninsule ibérique, où l’explosion des besoins en climatisation devrait accroître de 8% la consommation moyenne d’électricité.

L’inondation est l’une des principales menaces que nous devrons affronter. A la fin du siècle, le nombre de citoyens vivant dans des zones inondables devrait doubler. Sont particulièrement visés: les Britanniques, les Irlandais, les Français, les Autrichiens, les Tchèques, les Slovaques, les Hongrois, les Slovènes et les Roumains. Selon les estimations du JRC, le coût moyen des dégâts occasionnés par les inondations pourrait osciller entre 10 et 100 Md€/an (selon le développement économique des prochaines décennies).

Pluies et inondations

L’eau, toujours, causera de gros dégâts aux infrastructures de transport. Les scientifiques européens estiment que les pluies torrentielles pourraient causer, en moyenne, 1 Md€/an. En grimpant, les températures estivales dégraderont plus rapidement l’asphalte des routes. La montée du niveau de la mer menace d’inonder de vastes régions littorales, notamment en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Pologne.

Le commissariat français à la stratégie et à la prospective présentait, mercredi 25 juin, sa vision de la France à 10 ans. Reconnaissant que l’empreinte carbone de l’Hexagone s’était alourdie de 10% entre 1990 et 2011, France Stratégie recommande de porter à 7% (contre 4,15% aujourd’hui) le montant des recettes de la fiscalité environnementale dans les prélèvements obligatoires. Ce niveau pouvant être atteint en relevant à 100 euros/tCO2 le montant de la contribution Climat Energie et en alourdissant la TGAP.

Au plan économique, le montant des dégâts et des coûts sanitaires ne passera pas par pertes et profits. Selon les régions de l’UE, les pertes de PIB devraient osciller entre 0,2% et 3%. Et encore, préviennent les chercheurs, cette estimation reste très conservatrice. Elle ne prend pas en compte, par exemple, certains effets directs (pertes de biodiversité) et indirects du réchauffement (évolution du prix des denrées). «Si aucune action supplémentaire n'est prise pour contrer le réchauffement», l'UE perdra l'équivalent de 1,8% de son PIB actuel, résument les auteurs de l'étude.

Le bilan des trois financiers

Outre-Atlantique, les projections ne sont pas optimistes non plus. Diligentée par Mike Bloomberg (patron du groupe d’information économique éponyme), Henry Paulson (ancien président de la banque Goldman Sachs et ex-secrétaire au Trésor) et Thomas Steyer (patron du fonds d’investissement Farallon Capital), l’étude Risky Business évalue les impacts à court et long terme du réchauffement sur l’économie de l’Oncle Sam.

La montée du niveau des océans

La montée du niveau de la mer et l’évolution des rendements agricoles sont les sujets les plus inquiétants à court terme. Dans les 15 prochaines années, la facture des dégâts occasionnés par la montée du niveau de l’Atlantique et du Pacifique pourrait se chiffrer à plus de 5 milliards de dollars par an (3,7 Md€), dégâts des cyclones non compris. Sans adaptation, les champs de maïs, de blé, de soja et de coton des grandes plaines pourraient voir leur rendement baisser dans les 5 à 25 prochaines années. Pour remplacer les centrales électriques au charbon et suivre la demande croissante d’électricité, Bloomberg, Paulson et Steyer estiment qu’il faudra investir 12 Md$/an (8,8 Md€) pour construire de nouvelles capacités de production «propres».

Aussi différents soient-ils, les deux rapports, tout en visant des publics différents, ont un seul objectif: faire bouger les décideurs. En Europe, les scientifiques du JRC entendent mettre sous pression les chefs d’états et de gouvernements des 28 qui se retrouvent, aujourd’hui et demain, pour un conseil européen. C’est au cours de ce sommet que pourrait être formellement adopté le paquet Energie Climat 2030. Sans certitude. Aux états-Unis, Mike Bloomberg, le milliardaire indépendant, Henry Paulson, le républicain et Thomas Steyer, le démocrate, entendent montrer aux Congressmen qu’il est temps de laisser l’EPA (l’agence de protection de l’environnement) réguler les émissions de GES et, pourquoi pas, de signer un accord «universel» encadrant la lutte contre le changement climatique.

 



[1] Entre l’ère pré-industrielle et la fin du XXIe siècle.

 



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