Le réchauffement climatique: un facteur de guerre

Le 14 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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La montée du niveau de la mer devrait accroître le nombre de réfugiés climatiques.
La montée du niveau de la mer devrait accroître le nombre de réfugiés climatiques.
VLDT

Le WWF rappelle que les conséquences des changements climatiques peuvent contribuer à déclencher des conflits internes ou externes. Raison de plus pour anticiper le risque et investir dans un développement résilient.

 

La société civile n’a jamais manqué d’arguments pour faire prévaloir l’urgence climatique dans les priorités politiques. Au départ, il fallait lutter contre le réchauffement pour sauver la planète. Par la suite, le combat était motivé par la préservation des espèces menacées ou des sites classés par l’Unesco. Plus récemment, dans l’esprit d’entrepreneurs éclairés, refroidir le réchauffement est devenue une opportunité d’affaires. Nous n’en sommes plus là.

Accélérateur de crise

Dans un rapport publié ce mardi 14 novembre, la branche française du WWF rappelle, à juste titre, que les conséquences du dérèglement climatique sont un accélérateur de crises géopolitiques. Ne rien y faire serait agir pour la guerre, en quelque sorte.

Synthèse de nombreuses études de chercheurs et d’instituts spécialisés, le document de l’organisation au panda rappelle ce qui devrait être une évidence: dans les régions où règnent déjà des tensions concernant l’accès aux ressources naturelles (au Sahel pour les terres arables, autour du lac Tchad pour l’alimentation, en Chine pour l’eau), un changement du régime de précipitations, par exemple, peut contribuer à déstabiliser une région, un pays. Avec les conséquences stratégiques que l’on peut imaginer. La guerre en Syrie est l’exemple-type d’un conflit enfanté par une sécheresse hors norme et l’incurie d’un gouvernement dictatorial.

Nouvelles missions, moyens nouveaux

Portée depuis une grosse décennie par les stratèges américains et britanniques, cette analyse n’est partagée par les militaires français que depuis peu. Comme leurs confrères anglo-saxons, les gradés tricolores en font, certes, un argument de stratégie mais aussi de négociation budgétaire. «Les effets des changements climatiques risquent d’accroître la nature des missions confiées aux forces armées, ainsi que leur volume. Et à nouvelles missions, moyens nouveaux», résumait en 2015 le chef d’état-major des armées de l’époque, un certain Pierre de Villiers.

Pas d’expertises environnementales

C’est tout l’intérêt de sa réflexion, l’ONG française a une autre vision des choses. Plus politique, bien sûr. «Il est anormal, explique Pascal Canfin, que l’on pense la géopolitique sans intégrer les données environnementales.» Le directeur général du WWF France parle d’expérience. L’ancien ministre chargé du développement rappelle qu’au Quai d’Orsay, il n’a jamais bénéficié d’une telle expertise. «Une situation que l’on retrouve dans les chancelleries et les ministères de la défense britannique, américain, allemand, néerlandais», regrette-t-il.

Stress tests

En plus de renforcer les capacités d’analyse gouvernementale, l’ONG préconise que les Etats réalisent des stress tests de la sécurité du monde, avec des niveaux de températures bondissant: +2°C, +3°C, +4°C. «La banque mondiale a remarquablement réalisé cet exercice sous l’angle du développement. Il est navrant que l’on n’imagine pas les retombées du réchauffement en termes de sécurité internationale.»

La simulation n’est pas tout. Le spécialiste de la finance préconise aussi de taper au portefeuille pour renforcer notre sécurité climatique. «Le budget militaire mondial est de 1.686 milliards de dollars (1.432 Md€), contre 25 milliards (21 Md€) pour l’adaptation au réchauffement. On pourrait peut-être prélever une partie des crédits destinés aux armées pour investir dans la résilience. Ce n’est pas aux soldats de développer l’approvisionnement en eau potable ou de défendre les terres arables contre l’avancée du désert.»



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