Le réchauffement, ce sont les banques qui en parlent le mieux

Le 24 février 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Quand une banque fan d'énergies fossiles prône la décarbonation.
Quand une banque fan d'énergies fossiles prône la décarbonation.
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Les économistes minorent totalement les effets du changement climatique, estime une étude confidentielle de JP Morgan.

 

Une menace pour la survie de l’espèce humaine. C’est l’une des conclusions d’une étude confidentielle sur les effets du réchauffement. Le propos pourra ne pas surprendre les lecteurs du JDLE. La nouveauté est l’institution pour laquelle la note de 22 pages a été rédigée: JP Morgan, l’une des plus puissantes banques d’investissements de la planète.

Ses auteurs, David Mackie et Jessica Murray, ne sont pas des inconnus. L’an passé, les deux économistes de la banque d’affaires avaient dénoncé l’incapacité des modèles économiques à considérer les risques faibles imputables au changement climatique. Une critique récemment reprise par un rapport rédigé par des experts de la Banque des règlements internationaux et de la Banque de France.

Le BAU n'est pas acceptable

S’abreuvant aux meilleures sources scientifiques, les deux chercheurs londoniens expliquent, mieux que ne sauraient le faire les rédacteurs d’un rapport du Giec, la mécanique du réchauffement. Plus important, pour leurs lecteurs: une bonne partie de la note est consacrée aux impacts du phénomène. Avec une certitude: «une approche tendancielle de l’atténuation climatique mènera à un accroissement significatif de la température et à une dégradation significative du climat.»

Combien, seront tentés de répondre les destinataires de la note. Rappelant que le niveau de réchauffement futur dépend de l’accroissement démographique, de la consommation d’énergie, de l’intensité carbone de la production d’énergie et du rythme de production de richesse, David Mackie et Jessica Murray ne répondent pas à la question. Ils se contentent de suivre un scénario où le climat mondial s’échaufferait de 3,5 °C entre l’ère préindustrielle et la fin de ce siècle.

 

   JPM Risky Business the Climate and the Macroeconomy by Valéry Laramée de Tannenberg on Scribd

 

Les effets d’un tel coup de chaud sur l’économie et la société sont difficiles à calculer. Mais ils seront très supérieurs à ce qu’annoncent les études économétriques classiques, indiquent-ils. De Nicolas Stern à Marshall Burke, la plupart des économistes du climat estiment, en effet, que les effets du réchauffement réduiront marginalement la production de richesse mondiale, sur le long terme. Dans ces études, «personne n’aura, en 2100, un revenu inférieur, en valeur absolue, à celui d’aujourd’hui», résument les deux auteurs. Certaines modélisations sont encore plus risibles.

Un article, publié en 2015 dans la revue Climate Change, affirme ainsi qu’un réchauffement de 10 °C raboterait le produit global brut de 17% en 2100. Mieux: une flambée du thermomètre de 20 °C n’abattrait que de moitié la production de richesses mondiales. Problème: à de tels niveaux de température, la terre sera devenue invivable. Un détail qui semble avoir échappé au chercheur de la London School of Economics et à son équipe.

un devis difficile à établir

David Mackie et Jessica Murray rappellent que le réchauffement, non seulement, échauffera les thermomètres, réduira la productivité de nombreuses cultures, perturbera le cycle hydrique, fera monter le niveau des océans, accroîtra la production d’électricité, augmentera les événements climatiques extrêmes. Mais pas seulement: il dynamisera aussi la criminalité, concentrera la pollution atmosphérique urbaine, diminuera la productivité des travailleurs, augmentera mortalité et morbidité. Les deux auteurs évoquent aussi l’essor attendu des migrations climatiques et la fonte accélérée de la biodiversité. Le montant de l’addition s’annonce bien lourd mais reste difficile à estimer.

Au chapitre consacrée aux solutions possibles: point de miracle. L’unanimité va à la tarification des émissions de dioxyde de carbone. A quel niveau? L’étude reprend à son compte une estimation récemment publiée par le Fonds monétaire international. Pour réduire les émissions suffisamment vite, l’émission d’une tonne de CO2 devra coûter 75 dollars (69 €) d’ici à 2030. Soit 37 fois plus qu’aujourd’hui.

Bien sûr, il faudra aussi décarboner l’industrie, les transports, la production d’énergie. Ce dernier point intéressera d’ailleurs les investisseurs de JP Morgan. Selon un recensement publié en octobre dernier par Rainforest Action Network, la sixième banque du monde (en actifs) est celle qui consacre le plus d’argent aux énergies fossiles. Entre 2016 et 2018, l’établissement new-yorkais a investi près de 196 milliards de dollars (180 Md€) dans le pétrole, le gaz et le charbon. Les investissements cumulés dans ces domaines de BNP Paribas, du Crédit agricole et de la Société générale n’atteignent même pas 120 milliards de dollars (110 Md€).