Le rapport Energies 2050 entérine la politique nucléaire du gouvernement

Le 13 février 2012 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Energies 2050 : rapport ou document de campagne ?
Energies 2050 : rapport ou document de campagne ?

Le nucléaire confirme sa pôle position dans les thèmes de campagne. A la demande du ministre de l’énergie Eric Besson, le rapport hautement politique «Energies 2050» a en effet été remis ce 13 février par Jacques Percebois et Claude Mandil. A partir de 4 scénarios possibles pour l’offre française d’électricité, le rapport prône la prolongation du parc nucléaire existant, non sans soulever de nombreuses critiques.

Avant même la remise officielle du rapport, Eric Besson a donné le ton sur les antennes françaises. Le 12 février, il a déclaré sur Europe 1 et iTélé que le président de la République avait demandé aux professionnels de la filière nucléaire «de se mettre en situation de pouvoir prolonger la durée de vie des réacteurs au-delà de 40 ans, si cette option était retenue par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN)». L’idée n’est pas nouvelle. Depuis des années, EDF prépare en effet l’allongement de leur durée de vie. L’ancien PDG Pierre Gadonneix avait même annoncé, lors d’une réunion avec des analystes, la possibilité de l’étendre jusqu’à 60 ans. Cet allongement a toutefois trouvé une nouvelle caisse de résonance: la campagne présidentielle dans les rangs de l’Elysée.

«On aura du mal à ne pas prolonger la durée de vie des centrales», avait déjà déclaré le magistrat Gilles-Pierre Lévy, lors de la remise du rapport de la Cour des comptes sur les coûts de la filière, le 31 mars dernier (voir JDLE). Sans être écrite noir sur blanc, cette conclusion pouvait se lire entre les lignes, puisque la construction de 11 EPR d’ici la fin de 2022 représenterait un investissement faramineux, «très peu probable à court terme» avait analysé le premier président de la Cour, Didier Migaud.

Cette fois-ci, le rapport a été réalisé sous la houlette d’un économiste, Jacques Percebois, et de l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Claude Mandil. Commandé par Eric Besson, il avait pour mission de passer en revue 4 options: la prolongation du parc nucléaire actuel, l’accélération du passage à la troisième, voire quatrième génération nucléaire, la réduction progressive de l’atome et enfin, sa sortie complète du paysage français.

La conclusion entérine la politique gouvernementale: «La trajectoire optimale consiste à prolonger la durée de vie des centrales existantes aussi longtemps que l’Autorité de sûreté nucléaire le permettra, et à prévoir un petit nombre d’EPR pour lisser la production au moment de la fermeture des centrales les plus anciennes». Le rapport préconise aussi de développer les énergies renouvelables (ENR) en même temps que la 4e génération des centrales nucléaires, mais laisse ouverte la question de la part du nucléaire pour 2050 et même 2030. Selon le rapport, la stratégie doit être souple pour envisager des changements en cours de route, au nom des incertitudes concernant la baisse des coûts des ENR, les éventuelles percées technologiques, le retour d’expérience sur les EPR, ou encore le prix du gaz.

L’importance donnée au nucléaire est également légitimée par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Au niveau mondial, ces émissions s’élèvent actuellement à environ 30 milliards de tonnes par an selon l’AIE, alors qu’elles ne devraient pas dépasser 20 Mdt en 2035 (et 13 en 2050) «pour avoir des chances raisonnables de respecter l’objectif de Cancun».

Le rapport élude par ailleurs le débat sur la sûreté des installations, refusant d’avoir «un avis autonome» et renvoyant la question à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Au chapitre des ENR, le rapport insiste sur le problème d’intermittence de l’énergie éolienne et du photovoltaïque au-delà de 2020. Si leur part devient importante dans la production d’électricité, leur stockage sera crucial. Ces experts estiment que les stations de transfert d’électricité par pompage (Step) apportent une réponse «utile mais limitée», concluant que dans l’attente «d’autres solutions, disponibles et compétitives», ce sont les centrales à gaz qui devront assurer la production.

Pour faire pencher la balance du côté de l’allongement de vie des centrales, le rapport s’appuie surtout sur un autre argument, sans toutefois l’approfondir: le coût. «Tous les choix de politique énergétique sont extrêmement capitalistiques. C’est vrai de l’efficacité énergétique, de l’électricité renouvelable, des nouvelles centrales nucléaires, de la capture et de la séquestration du CO2…». Mais quid du coût de la prolongation des centrales? «Même si on ne connaît pas encore le coût exact des mesures imposées par l’ASN à EDF, en incluant les travaux post-Fukushima, ces coûts doivent rester en dessous de 1.000 euros le kilowattheure installé». Les experts enfoncent le clou en jugeant qu’une réduction de la part de l’atome de 75% à 50% dans la production d’électricité à l’horizon 2025 (proposition du PS) ferait grimper les coûts de l’électricité et les émissions de CO2 et détruiraient 150.000 emplois. Il faut préciser que le coût de l’électricité est appelé à croître quelle que soit la formule retenue ce sont les experts. Et la prolongation des centrales va également peser lourd, si l’on prend en compte les exigences formulées en début d’année par l’ASN suite aux stress tests (voir JDLE).

Enfin, du côté des recommandations, le rapport se conclut sur plusieurs pistes: faire de la sobriété et de l’efficacité énergétique une grande cause nationale, associer chaque décision de politique énergétique à son coût pour les finances publiques mais aussi son incidence sur la balance commerciale, les émissions de CO2 ou l’emploi (ce qui valide le nucléaire), s’interdire toute fermeture de centrale sans une injonction de l’ASN, mener une politique contre les industries très gourmandes en énergie, réexaminer les règles du marché intérieur de l’énergie avec les partenaires européens, engager une harmonisation des pratiques de sûreté au niveau mondial, accroître l’effort de recherche, et ne pas compromettre l’avenir du nucléaire en poursuivant le développement de la génération 4. Il faut noter que la généralisation de cette génération n’est pas attendue avant 2040.

Ce rapport a provoqué de vives réactions dans le camp écologiste. Eva Joly a estimé qu’allonger la durée de vie des centrales nucléaires, comme l’envisage Nicolas Sarkozy, revenait à «changer le moteur d’une voiture épave plutôt que d’acheter une voiture moderne qui pollue moins». Elle a aussi rappelé les dangers de la centrale de Fessenheim, «construite sur une faille sismique surplombée par le canal d’Alsace». En cas de tremblement de terre, elle serait inondée sans qu’aucun mécanisme de secours ne puisse fonctionner, a-t-elle rappelé.
L’association Greenpeace a de son côté comparé la commission à un «nouvel outil de communication en faveur de l’industrie nucléaire». Sa composition a été contestée par d’autres ONG. La CFDT s’est même désolidarisée de la synthèse alors qu’elle avait participé aux travaux de la commission.  Selon le syndicat, «les conclusions du document sont en très net décalage avec le contenu du rapport. Elles occultent des points essentiels comme l’importance d’un débat public ou l’ambition industrielle dans les ENR».

Les experts Bernard Laponche et Benjamin Dessus ont refusé de participer à la commission Energies 2050 en raison de sa teneur pro-nucléaire. Au nom de l’association Global Chance, ils dénoncent, dans un communiqué de ce jour, l’impasse volontaire du rapport sur trois points majeurs: la sûreté, l’économie d’électricité et le coût de la facture au kWh. Joint par téléphone, le physicien nucléaire Bernard Laponche, s’est par ailleurs indigné : «ce rapport est tout simplement mauvais. Il n’a développé aucun modèle, il se contente de reprendre des scénarios existants, comme par hasard issus d’EDF, d’Areva ou du Commissariat à l’énergie atomique. En résumé, il trouve ce qu’il voulait trouver. Il existe pourtant des scénarios plus contrastés, comme ceux d’Enerdata…».  
 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus