Le putois, ce faux «nuisible»

Le 02 mai 2017 par Romain Loury
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Le putois d'Europe
Le putois d'Europe

Classé parmi les «espèces susceptibles d’occasionner des dégâts» (anciennement «espèce nuisible»), le putois d’Europe est en déclin. Dans un rapport transmis au ministère de l’environnement, la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) juge au contraire qu’il faut l’ériger en «espèce protégée», et rappelle ses effets positifs.

Mustela putorius de son nom latin, ce petit mustélidé a connu un fort déclin au cours du XXème siècle, du fait de la chasse et de la perte d’habitat –principalement la destruction des zones humides. «Il en ressort le constat d’une situation très défavorable pour l’espèce. Bien que le putois paraisse relativement commun dans certains secteurs, son état de conservation apparaît mauvais au niveau national», estime la SFEPM dans son rapport, rendu public mardi 2 mai.

Nuisible et chassable

L’espèce est classée «nuisible», ou plutôt «susceptible d’occasionner des dégâts», nouveau terme consacré par la loi sur la biodiversité d’août 2016. Dans les faits, ce statut ne s’applique plus que dans deux départements pour la période –à savoir le Pas-de-Calais et la Loire-Atlantique, pour respectivement 80% et 30% des communes. Partout en France, l’espèce est considérée comme «chassable».

Pourtant, le putois figure à la Convention de Berne comme «espèce de faune protégée», ainsi qu’à la directive européenne Habitats comme «espèce d’intérêt communautaire dont le prélèvement dans la nature et l’exploitation sont susceptibles de faire l’objet de mesures de gestion».

En mars 2002, le gouvernement Jospin l’avait même ôté de la catégorie des espèces nuisibles, au même titre que la martre et la belette, au motif que ces espèces n’engendraient aucun dégât important. Les trois espèces avaient été réintégrées à la liste en novembre 2002, sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.

Des menaces multiples

Or outre la chasse, le piégeage et la destruction de l’habitat, le putois souffre de la raréfaction de ses proies (lapin de garenne, amphibiens, campagnols amphibies, etc.), mais aussi des collisions routières, de la pollution (industrielle, rodenticides) et de pathologies. Sans oublier les espèces envahissantes, dont le vison d’Amérique, et surtout les pièges mis en place contre eux, dans lesquels le putois se fait régulièrement prendre.

Sans protection en France, l’espèce est protégée dans plusieurs pays voisins, dont l’Italie, le Royaume-Uni, la Suisse ainsi que plusieurs Etats allemands et provinces espagnoles. Elle a même fait l’objet de réimplantations en Angleterre, en Suisse et en Autriche. D’où la demande de la SFEPM: cesser de considérer le putois comme une espèce nuisible, pour au contraire l’ériger en espèce protégée.

Même combat que pour le campagnol amphibie

Pour la SFEPM, il s’agit de reproduire ce qui a été fait avec le campagnol amphibie, protégé en France depuis 2012: «la situation du putois est semblable à celle de cette espèce. Le campagnol amphibie, autrefois commun, a subi un important déclin en France; son état de conservation est globalement mauvais, tant au niveau national qu’au niveau européen; les menaces qui pèsent sur sa conservation sont essentiellement liées à la dégradation des milieux aquatiques et à la mortalité directe liée aux activités humaines».

Gros consommateur de rongeurs, dont des mulots et des campagnols, le putois est bénéfique pour l’agriculture. Il pourrait limiter l’expansion du rat surmulot et du rat musqué, deux espèces envahissantes dont il est l’un des rares prédateurs. Sans oublier son effet positif contre la myxomatose, le putois capturant plus facilement les lapins qui en sont malades. 



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