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Le puits de carbone marin: une fausse bonne idée?

Le 17 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Difficile de quantifier la quantité de carbone que peut stocker une mangrove.
Difficile de quantifier la quantité de carbone que peut stocker une mangrove.
VLDT

Vouloir défalquer le carbone stocké dans les écosystèmes littoraux des émissions anthropiques n’apparaît pas comme une solution très 2°C compatible.

 

En jargon onusien, on l’appelle le Blue Carbon, le carbone bleu. C’est l’une des principales motivations de la prochaine inclusion des océans dans les politiques climatiques nationales (NDC).

Porté par des océanographes, certains pays et des groupes de pression, ce concept est simple. Les mangroves, les prairies de plantes marines (posidonies, zostères), les marais littoraux ont la capacité de capter du CO2 atmosphérique et de le stocker. D’où l’idée de comptabiliser ces surfaces comme ‘puits de carbone’, à l’instar des forêts terrestres. Ce qui permettrait aux pays côtiers d’alléger à bon compte leur bilan carbone.

 

Plus efficaces que les forêts

Etudes scientifiques à l’appui, les promoteurs du Blue Carbon affirment que les puits de carbone marins sont bien plus efficaces que ceux de la terre ferme. Herbes aquatiques, marais et mangroves pourraient stocker (dans le sol, les rhizomes et la biomasse) entre 3 et 6 fois plus de carbone que les arbres. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ces écosystèmes pourraient donc, en théorie, absorber au moins autant de CO2 atmosphérique que les massifs forestiers. De quoi aiguiser bien des appétits.

 

Mangroves en retrait

Hélas, la réalité scientifique n’est pas celle des lobbyistes. Contrairement aux forêts terrestres, les mangroves ne sont pas un écosystème stable. Ces forêts marines apparaissent et disparaissent au gré des courants et des flux de nutriments. Elles font aussi l’objet d’une intense ‘déforestation’. Durant le dernier quart de siècle, la surface mondiale occupée par ces forêts de la mer a été réduite d’un tiers. Et puis leur capacité à éponger le CO2 varie en fonction de la qualité de l’environnement. Une étude menée en Australie révèle que, selon l’état du biotope, la capacité de stockage de carbone des mangroves varie d’un facteur 1 à 18.

 

Montée du niveau de la mer

C’est d’autant plus vrai que les plantes marines (aériennes et sous-marines) sont sensibles à certains effets du réchauffement climatique. La montée du niveau de la mer et l’accroissement de la puissance annoncée des tempêtes et des cyclones menacent les mangroves autant que les tronçonneuses. Les végétaux sous-marins apprécient peu une eau trop chaude. Entre 2010 et 2011, la température des eaux australiennes était supérieure de 2°C à 4°C par rapport aux normes: suffisant pour cuire les prairies subaquatiques.

Autre écueil: comment quantifier le gaz carbonique stocké? Les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux sur les méthodes de comptage du CO2. Selon les modes de calcul utilisé, le volume de carbone stocké peut varier de 1 à 10.

Et puis il y a les abus de la prise en compte des puits de carbone, d’une façon générale, dans la comptabilité carbone des Etats. Climate Analytics rappelle que seule la baisse de la déforestation a permis à l’Australie de se conformer aux objectifs climatiques que lui a assigné le protocole de Kyoto (+8 % entre 1990 et 2012) bien que l’île-continent ait sensiblement accru ses émissions de gaz à effet de serre durant cette période.

 

 



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