Le protocole de Kyoto est enfin un succès

Le 21 mai 2014 par Stéphanie Senet
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La première période du protocole s'est conclue le 31 décembre 2012.
La première période du protocole s'est conclue le 31 décembre 2012.

Les 36 pays développés engagés dans le protocole de Kyoto ont largement dépassé l’objectif fixé pour la première période, soit 5% d’émissions de gaz à effet de serre (GES) en moins entre 1990 et 2008-2012, selon une étude présentée ce 21 mai par deux chercheurs de CDC Climat. Reste à trouver un accord plus ambitieux pour la période post-2020.

Signé fin 1997 et entré en vigueur en 2005, le protocole de Kyoto a représenté une avancée majeure dans la lutte contre le réchauffement avec son objectif de réduire d’au moins 5% les émissions d’origine anthropique par rapport à 1990, au sein des 37 pays signataires (au final 36, après l’abandon du Canada). Alors que sa première période s’est terminée le 31 décembre 2012, une analyse a pu être menée par les chercheurs Romain Morel et Igor Shishlov, de CDC Climat, à partir de la publication des résultats, le mois dernier, par le secrétariat du protocole.

Résultat: les émissions de GES ont régressé en moyenne de 24% en 20 ans, les réductions les plus fortes ayant été observées dans l’Union européenne et en Russie. «Dans 8 pays sur 36, dont le Japon, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, les résultats n’ont pas été à la hauteur mais ils ont été compensés par leur recours aux mécanismes de flexibilité prévus par le protocole», explique Romain Morel. Au total, 300 milliards de dollars (220 Md€) d’investissements ont été réalisés entre 2003 et 2013 dans les pays du Sud pour compenser les émissions des pays développés soumis au protocole.

 

24% seulement des émissions mondiales

Un bémol de taille à ce bon résultat global: les émissions concernées par le protocole, excluant celles des Etats-Unis (qui l’a refusé) et du Canada (qui l’a quitté), ne représentent qu’à peine un quart des émissions mondiales. Deuxième bémol: la baisse générale a été alimentée par la chute des émissions de GES dans les pays de l’ancien bloc soviétique entre 1990 et 1997. «Mais même si l’on soustrait cet effet, l’objectif du protocole reste atteint sur la période», précise Romain Morel.

Autres constats de cette étude: les émissions de GES ont été découplées du PIB, en raison d’une décarbonisation de l’industrie (à unité de PIB constant), d’une baisse de la consommation énergétique et du recours à des énergies moins carbonées (avec le passage plus fréquent du pétrole au gaz). Le recours aux produits importés s’est en revanche accru. Par ailleurs, le suivi des émissions de GES s’est généralisé grâce à la publication d’inventaires précis par les Etats du protocole, mais aussi par les Etats-Unis et le Canada qui sont audités selon des méthodes comparables.

Dernière conclusion importante: il est impossible de mesurer pour l’instant l’impact du protocole de Kyoto sur la baisse des émissions. «On sait seulement que dans l’Union européenne, 50% de cette réduction est due au développement des énergies renouvelables et au système ETS d’échange de quotas de CO2, 40% à la crise économique, et environ 10% aux modifications du mix énergétique», résume Benoît Leguet, directeur de recherche de CDC Climat (lire son interview, le 30 avril, par le JDLE).

 

Quel scénario pour Kyoto II?

Depuis la conférence de Durban en 2011, l’urgence est de trouver un nouvel accord engageant les Etats à partir de 2020. «Il est possible que l'accord soit adopté en deux temps, d'abord lors de la COP21 à Paris et en 2015 puis lors d'un autre accord d'ici 2020», prédit Benoît Leguet. Il n’empêche. L’avenir du protocole de Kyoto devra suivre 4 priorités, à commencer par l’extension des émissions couvertes. Aussi bien sur le plan géographique (augmenter le nombre de ratifications) que sur les secteurs touchés. Il serait notamment judicieux que le transport international (maritime et aviation) rejoigne son champ d’application, même s’il ne représente qu’environ 5% des émissions mondiales.

Deuxième objectif: trouver une forme de contrainte juridique, dont l’absence actuelle a été confirmée par la sortie unilatérale du Canada. Par ailleurs, les amendements liés aux sanctions prévues par le protocole n’ont pas été ratifiés.

Le troisième objectif consiste à étendre le système de MRV (mesure, reporting, et vérification), en le rendant contraignant.

Enfin, «une certaine flexibilité sur cet accord et sur son processus d’adoption devra être trouvée, sans quoi il court à l’échec», conclut Benoît Leguet.



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