Le projet de centrale à gaz d’EDF à Ajaccio retoqué par la justice

Le 28 février 2013 par Marine Jobert
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Le projet de gazoduc entre l'Algérie et la Sardaigne bénéficiera t-il un jour à la Corse?
Le projet de gazoduc entre l'Algérie et la Sardaigne bénéficiera t-il un jour à la Corse?
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Une association environnementale locale -A Sentinella («La Sentinelle»)- vient de donner un coup d’arrêt à la construction d’une nouvelle centrale thermique sur les hauteurs d’Ajaccio. Le tribunal administratif (TA) de la ville vient en effet d’annuler l’arrêté du préfet de la Corse du Sud qualifiant «d’intérêt général» ce projet de construction d’un site de production d’électricité de 120 mégawatts fonctionnant au gaz naturel, situé à cheval sur les communes d’Ajaccio et de Bastelicaccia. Dans un jugement sans équivoque, le TA estime que le préfet a fondé son arrêté sur des textes «qui ne peuvent être regardés, compte tenu de leur objet et de la généralité de leurs prévisions, comme arrêtant le principe et les conditions du projet». En outre, le TA estime que le «PIG» –pour projet d’intérêt général- qui n’a été publié qu’au Journal officiel, et seulement deux jours avant la date de l’arrêté attaqué, «n’a pas fait l’objet d’une publicité adéquate et qu’aucun dossier relatif au projet n’a été mis à la disposition du public». Représentée par le cabinet d’avocat Huglo-Lepage, A Sentinella estime avoir «gagné une bataille contre le projet, mais pas la guerre contre le fuel lourd».

 

Car voilà l’enjeu central du combat, selon le président de l'association Dominique Lanfranchi: assurer l’approvisionnement énergétique de la Corse en se débarrassant du fuel lourd. Or aujourd’hui, c’est cet hydrocarbure très polluant, en particules fines notamment, que brûlent les deux centrales thermiques de l’île. L’une, à Lucciana, d'une capacité installée de 120 MW; l’autre, à Vazzio, d’une puissance d’environ 132 MW, fait l’objet de travaux de rénovation pour lui permettre de fonctionner jusqu’en 2023, et devrait être remplacée par le projet de centrale d’Ajaccio, pour l’heure en souffrance. «Depuis 30 ans, le public ne veut pas de centrale à fioul lourd et on ne lui demande jamais son avis», pointe Dominique Lanfranchi. «C’est le retour de bâton symbolique de ce jugement.»

 

L’annulation du PIG du préfet de Corse du Sud s’inscrit dans l’histoire complexe qui a conduit à la rupture énergétique connue par la Corse en 2005. Quand l’Assemblée de Corse élabore en novembre 2005 son plan énergétique, elle fonde beaucoup d’espoirs sur le projet Cyrénée, le raccordement de l’île au gazoduc en projet entre l’Algérie, la Sardaigne et l’Italie (Galsi). «Environ 5% du volume de gaz serait prélevé à terme pour l’approvisionnement de l’île, c’est-à-dire pour l’alimentation des deux futures centrales et des agglomérations d’Ajaccio et de Bastia», précise GRTGaz, la filière transport de GDF. «C’est un projet pharaonique, aux coûts faramineux», remarque Dominique Lanfranchi, qui l’estime à 650 millions d’euros. «Sans compter que les 170 kilomètres de canalisations devront composer avec un foncier morcelé, des propriétaires difficiles à trouver, un sol granitique et riche en archéologie! Ce projet me semble difficilement réalisable», conclut-il, blasé par les annonces politiques qui se sont succédées dans ce dossier.

 

Lors de l’une des deux seules consultations organisées par le préfet de Corse du Sud pour présenter le projet de centrale d’Ajaccio («l’hostilité était très forte»), l’association A Sentinella a proposé un «plan B», pensé sans le raccordement au Galsi, et fondé sur la livraison de gaz naturel liquéfié par méthanier. C’est cette solution que voudrait voir réexaminée l’association, suite à l’annulation de l’arrêté. La Corse en prend-elle le chemin? Maria Guidicelli, conseillère en charge de l'énergie à l’Assemblée de Corse, déclarait en novembre dernier, comme le rapporte la presse locale, que «nous pouvons considérer [suite à un courrier du ministère de l’écologie] que tous les feux sont enfin au vert en vue d’une alimentation de la Corse en gaz naturel à horizon 2018». A voir. Pour l’heure -malgré des assurances récentes de Delphine Batho sur le recours au fuel léger- c’est toujours le fuel lourd qui est appelé à être brûlé dans les centrales thermiques de l’île, lesquelles consomment à elles seules 50% des produits pétroliers importés en Corse.

 



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