Le programme nucléaire britannique a du plomb dans l’aile

Le 18 janvier 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une centrale à la rentabilité non assurée.
Une centrale à la rentabilité non assurée.
Hitachi

 

Après Hitachi en novembre, au tour de Toshiba d’abandonner ses projets nucléaires au Royaume-Uni.

 

Après le Brexit, l’énergie. Les mauvaises nouvelles s’accumulent sur le bureau de la Première ministre britannique. Ce jeudi 17 février, Hitachi a annoncé qu’il suspendait son projet nucléaire de Wylfa, au Pays de Galles. Suivant les traces d’énergéticiens allemands, le consortium japonais prévoyait de construire deux réacteurs à eau bouillante de 1.400 mégawatts (MW) chacun: un projet dont le montant tourne autour de 21,6 milliards de livres (25 Md€).

contrat pour différence

Malgré des mois de négociations, l’industriel et le gouvernement britannique n’ont pu s’accorder sur l’économie du projet pour lequel Londres était prêt à s’engager fortement. Dans une déclaration à la Chambre des communes, le secrétaire à l’énergie a révélé, jeudi, que l’administration de Theresa May avait proposé de prendre le tiers du capital de la future centrale, de financer la dette inhérente à sa construction et de conclure un contrat pour différence garantissant un prix de vente de l’électricité produite de 75 £/MWh (85 €).

Comment expliquer que Londres ait proposé un soutien au MWh inférieur de 20% à celui de l’EPR d’Hinkley Point (Sommerset)? Greg Clark en est convenu, la chute des prix de l’éolien, intervenu ces dernières années, fragilise l’économie du nucléaire.

5,5 GW manquent à l'appel

Sans doute définitif, le retrait japonais est une nouvelle désastreuse pour le Royaume-Uni. Embourbé dans la quasi-faillite de sa filiale nucléaire Westinghouse, Toshiba a annoncé, en novembre dernier, l’abandon de son projet de Moorside (Combrie). Il s’agissait initialement de construire et d’exploiter, avec Engie, trois réacteurs AP 1000.

Au total, il manque désormais à l’appel 5,5 gigawatts (GW) de capacité pour que le Royaume-Uni puisse renouveler son parc de production d’électricité. Or le temps presse. Les centrales au charbon devront avoir cessé de fonctionner en 2025. Et 14 des 15 réacteurs nucléaires en service auront été arrêtés avant 2030.

ni projet, ni financement

En remplacement, EDF prévoit de construire deux tranches EPR à Hinkley Point, mais une seule a été mise en chantier. Toujours en partenariat avec la CGN chinoise, la filiale britannique de l’énergéticien français pourrait bâtir deux autres EPR à Sizewell (Suffolk). En contrepartie de ses soutiens financiers, CGN prévoit de réaliser deux réacteurs chinois Hualong sur le site de Bradwell (Essex). Mais dans ces deux derniers cas, aucun calendrier ni projet de financement n’ont encore été publiés.

La mise en œuvre du programme nucléaire britannique, qui prévoyait la mise en service de 15 GW de nouvelles capacités nucléaires d’ici la prochaine décennie, s’annonce de plus en plus compromise.

 

Londres, champion d’Europe des subventions aux fossiles. Selon une estimation publiée cette semaine par la Commission européenne, le Royaume-Uni a consacré 12 milliards d’euros, en 2016, au subventionnement des énergies fossiles: record d’Europe. La France arrive en troisième position, avec 8 Md€. Un chiffre en forte hausse par rapport à 2008.

 



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