Le programme environnemental du président Emmanuel Macron

Le 07 mai 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Emmanuel Macron est peu familier des questions environnementales.
Emmanuel Macron est peu familier des questions environnementales.
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Durant la campagne électorale, Emmanuel Macron a pris de nombreux engagements énergétiques et environnementaux: la trame d'une politique quinquennale?

Haut la main. Emmanuel Macrin, emporte le match présidentiel en raflant les deux tiers des suffrages exprimés, laissant sa rivale Marine Le Pen à plus de trente points derrière lui. Sans appel (66,1%-33,9%), le score du meneur d’En Marche (EM) reste néanmoins très inférieur à celui réalisé par Jacques Chirac, le 5 mai 2002 : 82,2%. À cette montée de la candidat frontiste s’ajoute la défiance exprimée par l’électorat. Ce dimanche, plus de 11% des électeurs ont jeté dans l’urne un bulletin blanc ou nul et plus de 25% ont choisi de s’abstenir.

Sacré par le suffrage universel direct, le nouveau président de la république n’a pas encore totalement emporté la partie. Son mouvement devra encore convaincre une majorité d’électeurs lors des élections législatives des 11 et 18 juin. Ce n’est qu’à ce prix qu’Emmanuel Macron pourra appliquer son programme.

Continuité plus que révolution

Révolution, titre du livre-programme du successeur de François Hollande, est un terme qui s’applique mal à la politique environnementale esquissée par le plus jeune président de la république française. Peu familier de ces questions, Emmanuel Macron s’apprête surtout à poursuivre le travail engagé par ses deux prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande. A commencer par la transition énergétique. «Il est important que ces tendances soient inscrites dans la durée», justifiait Matthieu Orphelin, ex-porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, désormais candidat EM aux législatives.

Le tiers du grand emprunt

Poursuivant le cheminement ouvert par le gouvernement Fillon, Emmanuel Macron devrait contracter un Grand emprunt de 50 milliards d’euros. Le tiers de cette manne devrait être fléché vers les transitions énergétique et écologique. Continuité toujours, la loi sur la transition énergétique sera appliquée, avec quelques aménagements à la clé. Comme la réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2025 : un rythme jugé intenable par de nombreux observateurs.

Nucléaire: allonger la durée de fermeture

En début de semaine, l’équipe du candidat d’En Marche a laissé entendre que la fermeture de la vingtaine de réacteurs nécessaire pourrait se produire sur une période plus longue les 8 ans fixés par la loi Royal. Autre nouveauté: le gouvernement d'Emmanuel Macron pourrait utiliser le mécanisme du «contrat for différence» mis en place par Londres pour financer les deux EPR d’EDF Energy. Ce qui laisse augurer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. De quoi fortement déplaire à la ministrable Corinne Lepage.

Sus aux fossiles

Pour le reste, l'ancien locataire de Bercy a confirmé sa volonté de «fermer les centrales à charbon qui fonctionnent encore en France, sans oublier d’accompagner leurs personnels», de ne délivrer «aucun nouveau permis d’exploration ou d’exploitation [de gisements d’hydrocarbures] pendant 5 ans», sans remettre en cause les demandes existantes. Il ne fermera pas non plus la porte à l’exploitation minière, «qui peut être réalisée de façon responsable». Aucun engagement n’a été pris sur l'achèvement de la réforme du code minier.

ENR: 30 milliards d’investissements privés

En revanche, Emmanuel Macron a confirmé l’objectif actuel de 32% d’énergies renouvelables dans le mix en 2030. Ce programme sera financé par 30 milliards d’euros d’investissements privés, dans le cadre d’appels d’offres lancés tout au long du quinquennat pour une capacité totale de 26.000 MW: objectif inférieur à celui de la programmation pluriannuelle de l’énergie.

coup de pouce à la méthanisation

Grand classique des promesses électorales de ces dernières années: le fonds Chaleur devrait être doublé, notamment pour donner un coup de pouce au monde agricole. Ce secteur devrait se voir gratifier d’une enveloppe de 5 milliards d’euros pour accélérer sa transition (bonjour les unités de méthanisation) et améliorer le bien-être animal. Durant la campagne, le candidat Macron a, de nombreuses fois, annoncé l’organisation d’une grande conférence sur l’agriculture et l’alimentation.

Faible rénovation énergétique

Deux sujets clés, rappelait récemment l’économiste de l’environnement Alain Grandjean. Dans les cantines publiques, 50% des produits servis seront issus de circuits courts, de l’agriculture biologique, ou certifiés au plus tard en 2022. Les œufs issus de poules élevées en batterie seront «interdits d’ici à 2025», sans pour autant que leur commercialisation «à l’industrie agroalimentaire» soit interdite.

Côté logement, le crédit d’impôt pour la transition énergétique sera transformé en une subvention «pour que les ménages la touchent tout de suite». Objectif: rénover un million de «passoires» en 5 ans, soit 200.000 par an, auxquels s’ajouteront 200.000 rénovations annuelles de logements. Un budget de 4 milliards d’euros par an a été annoncé par le candidat Macron. Pour tenir ses objectifs à long terme (2050), la France doit pourtant faire beaucoup mieux: «de l’ordre de 1,7 million de logements rénovés par an», soulignait récemment Géraud Guibert, président de la Fabrique Ecologique.

Prime à la casse

Grand partisan de la motorisation diesel comme ministre, le président Macron veut éliminer les véhicules les plus polluants produits avant 2001, d’ici à 2022, grâce à une prime à la casse de 1.000 € supplémentaires par véhicule. Ce coup de pouce aux constructeurs sera complété par un alignement, en 5 ans, des fiscalités du gazole et du supercarburant. Les voitures électriques bénéficieront du même bonus. Mieux, le réseau de bornes de recharge sera étendu.

Et le ministre ? Le(a) futur(e) ministre de l’environnement devra se battre. D’abord, contre le ministère de l’industrie, qui rêve de récupérer la tutelle de l’énergie. Ensuite, contre son secrétariat d’état aux transports dont on peine parfois à saisir le côté durable (A45, Notre-Dame-des-Landes). Il s’agit aussi de consolider l’agence française pour la biodiversité.

Transports toujours, Emmanuel Macron veut tout à la fois moderniser les réseaux existants et les interconnexions dans les collectivités locales, ainsi que les réseaux ferrés et routiers. Pour faciliter la mobilité des Ultra-marins, Emmanuel Macron prévoit de subventionner l’achat de 200.000 billets d’avion par an. Coût climatique annuel: 1,3 million de tonnes de CO2. Mauvais signe, alors que s’ouvre, ce lundi 8 mai, un nouveau round de négociation climatique.

 



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