30 ans pour "relancer" l’océan

Le 03 avril 2020 par Stéphanie Senet
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Un groupe de baleines à bosse dans les eaux australiennes
Un groupe de baleines à bosse dans les eaux australiennes

Dans une étude publiée le 1er avril dans la revue Nature, quinze chercheurs avancent leur programme de sortie de crise de l’océan, assurant qu’une restauration substantielle de la vie marine est possible d’ici à 2050. Suivez le guide.

Oui, les lendemains de l’océan peuvent chanter. C’est un message d’optimisme qu’envoient ces scientifiques, experts de la dégradation des écosystèmes marins. Cette fois-ci, ils livrent une large revue de la littérature scientifique tournée vers les solutions de restauration mises en œuvre, leurs résultats et la vitesse de récupération des écosystèmes. «Nous avons retenu cinq options à mettre en œuvre au plus vite pour parvenir à une restauration substantielle des écosystèmes marins en une génération seulement. Sachant qu’une restauration substantielle permet d’augmenter les populations et les habitats de 50 à 90%», explique au JDLE Jean-Pierre Gattuso, l’un des auteurs de l’étude, directeur de recherche au CNRS[1]. En résumé, ils livrent le mode d’emploi pour atteindre l’objectif de développement durable (ODD) n°14, visant à «conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines».

Interdépendance

Ce programme de revitalisation mondiale comprend tout à la fois une meilleure protection des espèces et des habitats, un durcissement de la réglementation de la pêche et de la chasse, l’accélaration de la restauration des habitats, la réduction de la pollution et l’atténuation des effets du changement climatique. «Ces solutions sont interdépendantes. Elles ne peuvent atteindre leurs effets que si elles sont toutes mises en œuvre  simultanément», précise Jean-Pierre Gattuso.

Dans le sillon de la baleine à bosse

Pas de solution miracle mais un ensemble de mesures efficaces. Prenons le cas de la restauration d’une espèce, la baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) que l’on trouve entre l’Antarctique et l’Est de l’Australie. «Il n’y avait qu’une centaine d’individus en 1968. On en compte plus de 40.000 aujourd’hui, soit une hausse d’environ 10% par an», rappelle le chercheur associé à l’Iddri[2]. Un résultat dû à l’interdiction internationale de sa chasse et à des politiques nationales de protection de ses zones de reproduction. Autre exemple: le phoque gris (Halichoerus grypus), dont la population au Canada a progressé de 1.400% depuis 1977.

Globalement, le nombre d’espèces marines menacées d’extinction selon la liste rouge de l’UICN (mammifères, poissons, coraux) a régressé, passant de 18% en 2000 à 11,4% en 2019.

Des efforts contre la surpêche, la pollution et le réchauffement

En matière de gestion de la pêche, les résultats sont –pour l’instant- moins bons. Si deux tiers des principales espèces capturées sont pêchées au rendement maximum durable, selon la FAO, beaucoup de stocks non soumis à des quotas sont en mauvais état.

En matière de pollution, les chercheurs relèvent des progrès dans la réduction des rejets de nutriments et dans la réglementation de polluants dangereux mais soulignent l’importance croissante de la pollution plastique.  

Au chapitre climatique, les chercheurs citent la restauration de mangroves, qui nécessite 70 projets par an pour qu’elles retrouvent leur superficie initiale de 225.000 kilomètres carrés en 2050.

50% d’aires marines protégées en 2050

«En matière de protection, nous avons évalué l’effort financier nécessaire entre 10 à 20 Md$ (entre 9,3 et 18,5 Md€) par an pour parvenir à toucher 50% de l’océan en 2050», estime Jean-Pierre Gattuso. «Cela peut paraître beaucoup mais c’est finalement très peu par rapport aux aides économiques d’urgence annoncées actuellement. La Banque centrale européenne à elle seule vient de débloquer 750 Md$», rappelle-t-il. «Par ailleurs, chaque dollar investi permet de bénéficier de 10$ de revenus en écotourisme, protection des rivages, etc», poursuit-il.

Enfin, ce programme de revitalisation n’est pas réservé aux négociations internationales dans le cadre de la CDB[3] ou la CNUCC[4]. «Tous les acteurs sont importants dans cette aventure, qu’il s’agisse des maires des communes littorales, des institutions locales, régionales, nationales, internationales, du grand public et des entreprises», conclut Jean-Pierre Gattuso.

 

 

 

 

 

 

 



[1] Centre national de la recherche scientifique

[2] Institut du développement durable et des relations internationales

[3] Convention sur la diversité biologique

[4] Convention des Nations unies sur les changements climatiques