Le point sur IPBES

Le 29 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Anne Larigauderie: "La France a été à l'origine de l'IPBES."
Anne Larigauderie: "La France a été à l'origine de l'IPBES."

Directrice exécutive de Diversitas, Anne Larigauderie dresse le contour de ce que sera IPBES, le « Giec » de la biodiversité.

20 mois après la conclusion de la conférence de Nagoya, où en est le fameux projet de Giec[1] de la biodiversité? - V

Et bien les choses progressent. Et même si l’annonce en a été discrète, la plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services des écosystèmes (IPBES) a officiellement été créée lors d’une session plénière à Panama, le 21 avril dernier [JDLE]. Mais entre Nagoya et Panama, beaucoup d’étapes ont été franchies. La question du siège a été réglée et nous avons beaucoup progressé quant à la gouvernance et au programme scientifique.

 

Revenons à la question du siège. Il sera installé à Bonn (Allemagne), dans un bâtiment qui abrite déjà plusieurs organismes onusiens. Or nombre d’observateurs pensaient la France bien placée.

La France, c’est vrai, est à l’origine de la création de l’IPBES. Beaucoup d’efforts politiques et diplomatiques ont été produits par les gouvernements de Jacques Chirac. Efforts qui se sont relâchés par la suite. De son côté, le gouvernement allemand est parti plus tard, mais a présenté un dossier solide, appuyé par la chancelière Angela Merkel. Et comme vous le disiez, ce bâtiment abrite déjà les secrétariats des conventions de l’ONU sur la lutte contre la désertification et les changements climatiques. Avec de tels arguments, la position française n’a pas pesé lourd.

 

Comment imagine-t-on le fonctionnement de la plate-forme?

Il fait encore l’objet de discussions entre les parties prenantes. Cela étant, on peut imaginer que cette nouvelle institution sera sous la quadruple tutelle du Pnue, du Pnud, de l’Unesco et de la FAO[2]. Le programme de travail n’est pas non plus finalisé. Et je ne pense pas que l’on puisse faire tout de suite, comme le Giec, un gros rapport d’évaluation sur la biodiversité et l’état des biotopes. En revanche, il est probable que ce nouvel animal institutionnel se lance, dans un premier temps, dans la rédaction de rapports plus spécifiques, sur des thématiques particulières.

 

Par exemple?

Là encore, rien n’est acquis. Mais les thèmes qui reviennent le plus fréquemment dans les conversations sont l’état des insectes pollinisateurs: un sujet qui inquiète aussi bien au niveau global que national et régional. Il est aussi beaucoup question de l’impact de l’acidification des océans sur la biodiversité marine. Tout cela doit être acté lors de la prochaine réunion plénière qui devrait se tenir au tout début de l’année prochaine.

 

Quels sont les pays moteurs de la négociation?

Le gouvernement brésilien est très motivé, notamment pour renforcer ses capacités de recherche. C’est important. Cela permet de renforcer l’expertise. Des compétences que l’IPBES pourra ensuite utiliser. Et plus l’institution utilisera de compétences différentes, plus grande sera la légitimité de ses travaux. Autre pays très en pointe: la Norvège, mais pour d’autres raisons que le Brésil. Le royaume scandinave cherche à utiliser, de façon éthique, l’argent généré par l’exploitation des hydrocarbures. Ensuite, les grands pays que l’on retrouve souvent dans les grandes négociations internationales, tels le Japon, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France.

 

Des pays que l’on retrouvera lorsque sera évoqué le budget futur de l’IPBES.

Le budget annuel n’est pas encore arrêté. Mais il est probable que son montant oscille entre 2,5 et 6 millions de dollars (entre 2 et 4,7 millions d’euros) par an.

 

Pourquoi une telle incertitude?

Tout simplement parce que les contributions se feront exclusivement sur la base du volontariat.

 

Vous dirigez Diversitas, une organisation peu connue hors les murs de la recherche sur la biodiversité.

Ce réseau de scientifiques a été conçu en 1991 par l’Unesco, le Comité scientifique sur les problèmes de l’environnement (Scope) et l’union internationale des sciences de la biologie. Ce réseau a beaucoup travaillé sur les effets de la biodiversité sur les écosystèmes, les causes de la perte de biodiversité, les inventaires et les classifications. Ce travail a irrigué le programme international Géosphère-biosphère ainsi que les travaux préparatoires à la création de la convention sur la biodiversité. Auprès de l’IPBES, nous devrions avoir deux missions.

Primo, faire office d’animateur scientifique et d’interlocuteur. Cela consistera à identifier les lacunes dans la connaissance et de mettre en place les réseaux qui permettront de les combler. Il faudra aussi que nous rendions les programmes scientifiques plus transversaux. Car tout est interdépendant.

Secundo, nous devrions être l’un des interlocuteurs des agences de financement.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

[2] Pnue: Programme des Nations unies pour l’environnement; Pnud: Programme des Nations unies pour le développement; Unesco: Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture; FAO: (Food and Agriculture Organization) Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

 



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