Le poids du nucléaire au Japon

Le 14 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L’énergie nucléaire a très tôt joué un rôle dans la production d’énergie au Japon. Dès 1954, 9 ans à peine après les bombardements de Hiroshima et de Nagasaki, les recherches sur le nucléaire civil reprennent. La loi sur l’atome est adoptée l’année suivante. Et 8 ans plus tard, Tokyo inaugure son premier réacteur expérimental: un réacteur à eau bouillante, qui fonctionnera jusqu’en 1976. La première tranche productrice d’électricité sera toutefois importée. Tokai-1 est un réacteur britannique, de type Magnox. Il utilise du gaz comme caloporteur, du graphite comme modérateur et de l'uranium métallique non enrichi comme carburant. La filière n’est pas adoptée.

 

Copiant le modèle américain, les électriciens nippons finissent par choisir des réacteurs à eau pressurisée (REP, la technologie également retenue en France) et des réacteurs à eau bouillante (REB).

Souvent fabriquées sous licence américaine par Hitachi, Mitsubishi et Toshiba, les premières tranches connaissent des débuts difficiles. Les problèmes s’accumulent et le taux de disponibilité ne dépasse pas les 46% dans le milieu des années 1970.

 

Pour autant, le programme nucléaire se poursuit. Notamment après le choc pétrolier de 1973 quand le Japon, comme les autres grandes puissances économiques occidentales, perçoivent la nécessité de bâtir leur indépendance énergétique. La construction de nouvelles centrales est accélérée. Le Japon fait également retraiter son combustible usé dans les usines de La Hague et de Sellafield (Royaume uni), avant de se doter de sa propre installation, en 2005.

 

Fin 2010, l’archipel comptait 55 réacteurs (contre 58 en France), totalisant une puissance installée de 47.361 mégawatts électriques (MWe). Tous ensemble, ils produisent, bon an, mal an, le tiers des électrons nippons. Quand tout va bien. Car le corollaire du développement rapide de l’électronucléaire japonais est son goût du secret. Surtout lorsqu’on aborde les questions de sûreté. Et c’est souvent sur le tard que le public apprend la survenue d’incidents. Pas toujours sans conséquences.

 

En décembre 1995, le surgénérateur Monju (préfecture de Fukui) connaît une importante fuite de sodium liquide. Au contact de l’air, le caloporteur s’enflamme, provoquant un important incendie… sans déclencher la moindre alarme. Le réacteur à neutrons rapides ne sera remis en service qu’en mai 2010. En 1999, une excursion de criticité, dans l’usine de combustible de Tokaï (préfecture de Chubu), tue deux techniciens. Au printemps 2002 éclate le scandale de la maintenance chez Tepco. Des années durant, le premier exploitant de centrales nucléaires japonais a obligé ses techniciens et les tiers experts à falsifier leurs rapports d’inspection. On passa donc sous silences quelques fissures dans des couvercles de cuve. Réaction inédite: l’autorité de sûreté (la Nuclear and Industrial Safety Agency ou Nisa) ordonne, en mai 2003, la fermeture de 17 tranches exploitées par l’électricien tokyoïte. Le temps de les passer au peigne fin. Cela prendra plus d’un an et coûtera près de 2 milliards de dollars (1,43 milliard d’euros) à Tepco. Car, pour ne pas faillir à sa mission d’approvisionnement de l’est de l’archipel, l’électricien a dû rouvrir des centrales thermiques et acheter des millions de tonnes de charbon et de gaz naturel liquéfié. En 2007, lamême Nisa impose à Hokuriku une inspection fouillée de sa centrale de Shika (préfecture d’Ishikawa), après la découverte de rapports mentionnant un quasi-accident… 8 ans auparavant.

 

En mai 2007, le gendarme du nucléaire renforce les règles antisismiques. Bien lui en prend, car deux mois plus tard, un important tremblement de terre menace l’intégrité des 7 tranches de la centrale de Kashiwasaki-Kariwa (préfecture de Niigata). Cette fois, l’événement est sérieux. Le puissant ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (Meti, selon l’acronyme anglais) convoque une commission. L’une de ses conclusions sera que les gouvernements des années 1970 ont autorisé, un peu hâtivement, la construction de cette centrale de 7.965 MWe sur une faille sismique. Pour autant, après une longue période de surveillance, toutes les unités sont autorisées à redémarrer durant l’été 2009.

 

Après les accidents survenus ces derniers jours, dans la centrale de Fukushima Dai Ichi (préfecture de Fukushima), quel peut être l’avenir du nucléaire nippon ?

A court terme, Tepco, Tohoku et Japco vont devoir trouver de nouveaux moyens de production pour pallier l’arrêt (ou la destruction) des 11 réacteurs à eau bouillante ayant connu des problèmes de refroidissement dans les centrales de Dai Ichi, de Daini, d’Onagawa et de Tokaï. Au total, ces réacteurs représentent une puissance installée de 12.000 MWe, soit le quart du parc nucléaire japonais.

 

A moyen terme, les scénarios sont ouverts. Car, pour accroître son indépendance énergétique et réduire (de 25% d’ici 2020) son bilan carbone, l’Empire du soleil levant a prévu de mettre en service 12 nouvelles tranches d’ici 2022. Il n’est pas certain que ce rythme soutenu soit maintenu.

En attendant, chacun y va de sa proposition. Ce lundi 14 mars, le vice-premier ministre russe a ainsi proposé de «diriger vers le Japon 6.000 MW d’électricité». Une générosité qui se heurtera inévitablement à l’inexistence d’un câble électrique sous-marin entre la Russie et l’archipel nippon.



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