Le PNSE3 suscite des avis réservés

Le 01 octobre 2014 par Romain Loury
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Les professionnels de santé, de nouveau oubliés par le PNSE
Les professionnels de santé, de nouveau oubliés par le PNSE
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Le 3ème Plan national santé-environnement (PNSE3), mis en consultation publique depuis vendredi 26 septembre, laisse un léger goût d’inachevé à plusieurs interlocuteurs contactés par le JDLE, malgré plusieurs progrès notables.

 

Pour le porte-parole de Générations futures, François Veillerette, «l’accent est beaucoup mis sur la connaissance, mais les actions de réduction des expositions sont un peu faibles». Exemple: l’idée de mieux articuler les bases de données santé-environnement entre elles. «C’est très bien, mais cela reste des mesures pour les chercheurs: c’est toujours là où ca pêche», regrette-t-il.

Point positif selon François Veillerette, la notion d’«exposome», définie comme l’ensemble des expositions environnementales cumulées de la période in utero jusqu’à la fin de vie, qu’elles soient chimiques, physiques et infectieuses. Selon le projet de PNSE, «l’évaluation des expositions doit désormais être conçue de manière décloisonnée et dynamique», et non réduite à des composés isolés.

Mais sur les perturbateurs endocriniens, le PNSE3 s’en tient à la stratégie nationale présentée au printemps par Ségolène Royal, que François Veillerette juge «assez vague». En termes de réduction de l’exposition, le futur plan n’évoque que la question du bisphénol A dans les tickets de caisse, «ce qui n’est pas une mesure structurante», ou encore la recherche de perturbateurs endocriniens dans les jouets.

Première dans un PNSE, la question de l’alimentation, très axée sur la question des composés néoformés (furanes, hydrocarbures aromatiques polycycliques, acrylamide). «Je ne suis pas sûr que cela soit très central, alors qu’il n’y a pas grand-chose de fait sur les perturbateurs endocriniens, et la question de l’effet cocktail», estime François Veillerette.

Du côté des nanomatériaux, qui font l’objet de plusieurs points du PNSE3, l’association Avicenn se montre aussi d’un enthousiasme assez mesuré. Notamment pour ce qu’il s’agit de «poursuivre les travaux d’évaluation des expositions des consommateurs pour identifier les différents nanomatériaux présents dans les denrées alimentaires».

«Le terme ‘poursuivre’ suppose qu'il y ait déjà des actions menées en ce sens mais, comme Avicenn l'a déjà souligné à plusieurs reprises, les projets de recherche sur le sujet sont au pire inexistants, au mieux très insuffisants», juge l’association, qui livre une analyse point par point sur son site.

Le monde médical hors PNSE

«Le PNSE3 est un superbe outil, mais le problème c’est que les professionnels de santé n’y sont pas associés», déplore pour sa part Olivier Toma, président de l’association C2DS, qui milite pour le développement durable dans le monde médical. En bref, il existe un manque de culture sanitaire au ministère de l’environnement, un manque de culture environnementale au ministère de la santé.

Lundi 22 septembre, l’association C2DS a publié plusieurs de ses propositions au PNSE3, sans écho politique pour l’instant. Parmi les points abordés, celui des résidus de médicaments dans l’eau, qui dans le projet de PNSE3 se réduit beaucoup à l’évaluation des expositions. Or «la plupart des médecins ne savent pas qu’il y a des perturbateurs endocriniens dans certains médicaments», regrette Olivier Toma.

Le président de C2DS soutient l’utilisation de l’indice PBT, qui classe les médicaments en fonction de leur impact environnemental. Déjà utilisé en Suède, le C2DS l’expérimente actuellement dans 2 hôpitaux français, à Tarascon et à Sarcelles. Mais le principe reste largement ignoré des autorités sanitaires françaises -et a fortiori du PNSE3.

Contactée par le JDLE, Francelyne Marano, qui a présidé le comité d’appui scientifique d’élaboration du PNSE3 (et présidente de la Société française de santé-environnement, la SFSE), reconnaît que l’intégration du monde médical est difficile. «On fait tout ce qu’on peut pour les faire venir, mais ce n’est pas si évident que cela», regrette-t-elle.

Evoquant «l’élaboration compliquée» du projet de plan et «un manque de temps», Francelyne Marano met en avant plusieurs avancées du PNSE, notamment l’ajout de l’alimentation, des liens entre santé et biodiversité ou encore la notion d’exposome. «Il ne faut plus considérer un individu segmenté en petits morceaux [substance par substance, ndlr], c’est un tout». Peut-être est-ce aussi la meilleure façon de juger d’un PNSE.



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