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Le plomb, plus toxique qu’on ne le pensait

Le 10 avril 2013 par Romain Loury
La moitié des enfants présenteraient une plombémie au-dessus des normes.
La moitié des enfants présenteraient une plombémie au-dessus des normes.
DR

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) propose de revoir à la baisse les valeurs de référence utilisées pour le plomb, suite à de nouvelles études démontrant des effets à des niveaux inférieurs à ceux admis jusqu’alors, dans un rapport publié le 3 avril. En France comme ailleurs, le saturnisme est actuellement avéré au-dessus de 100 microgrammes de plomb par litre (µg/l) de sang, seuil qui déclenche la prise en charge des enfants, que l’on dit alors atteints de saturnisme. Or il ne semble pas y avoir besoin d’être aussi imprégné de plomb pour endurer les effets délétères de ce métal lourd. Rapportées dans un avis, publié en 2010 par l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), de récentes études ont en effet suggéré un risque bien en deçà de ce seuil, notamment de développement cérébral chez l’enfant (diminution du QI), d’insuffisance rénale et d’effets sur la pression artérielle chez l’adulte. De quoi remettre en cause le seuil de 100 µg/l, d’où l’avis que vient de publier l’Anses [1].

 

L’agence y propose une valeur bien plus basse, celle d’une plombémie (taux de plomb dans le sang) jugée critique dès 15 µg/l. Selon une étude américaine publiée en 2009, cette valeur serait associée à une hausse de 10% de la prévalence de maladie rénale chronique chez l’adulte. Autres travaux examinés par l’Anses, une étude américaine de 2005 faisant état d’une baisse d’un point de QI chez les enfants présentant une plombémie de 12 µg/l. A la différence de l’Efsa, les experts français n’ont pas retenu ces résultats pour proposer leur seuil: «la diminution d’un point de QI n’est pas utilisable en évaluation quantitative du risque sanitaire», jugent-ils, notamment en raison des «grandes variations intra- et interindividuelles» que revêt la mesure du QI. Toutefois, la valeur retenue, celle de 15 µg/l, «peut être considérée comme protectrice vis-à-vis des effets sur le système nerveux central des enfants», estiment les experts. Dans cette jeune population, elle équivaut à une exposition par voie orale de 0,63 µg/kg de poids corporel, calculent-ils. L’Anses recommande «de revoir l’ensemble des valeurs de référence s’appuyant sur la plombémie, y compris celles applicables en milieu de travail», et à «poursuivre les efforts visant à limiter l’exposition de la population au plomb».

 

Le problème du plomb, si on l’étend au-delà du saturnisme, paraît bien loin d’être réglé. Selon de récents chiffres de l’Institut de veille sanitaire (InVS), 50% des enfants de 1 à 6 ans, 75% des adultes de 18 à 74 ans, présenteraient une plombémie supérieure à 15 µg/l. Des chiffres bien plus alarmants que celui de 0,11% d’enfants de 1 à 6 ans dont la plombémie dépasse 100 µg/l. Pour la voie alimentaire, les principaux contributeurs à l’exposition au plomb sont, chez l’enfant, le lait, l’eau et les boissons non alcoolisées, et chez l’adulte les boissons alcoolisées, le pain et les produits de panification, et l’eau, rappelle l’Anses. Par voie non alimentaire, il s’agit, pour l’enfant, de la peinture au plomb, de la poussière et de la contamination du sol.

 

[1] Cet avis a été réalisé sur saisine de la Direction générale de la santé (DGS, ministère en charge de la santé) et de la Direction générale de la prévention des risques (DGPR, ministère en charge de l’environnement), effectuée fin juillet 2011.



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