Le plomb a aussi des effets transgénérationnels

Le 05 octobre 2015 par Romain Loury
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Des dégâts persistants
Des dégâts persistants
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Il n’y a pas que le Distilbène qui pourrait engendrer des effets sanitaires sur plusieurs générations: le plomb entraînerait aussi des modifications épigénétiques chez les petits-enfants de femmes contaminées durant leur grossesse, révèle une étude américaine publiée dans la revue Scientific Reports.

Fin 2014, une étude française confirmait les effets transgénérationnels du diéthylstilbestrol. Commercialisée sous le nom de Distilbène entre 1950 et 1977, cette hormone de synthèse destinée à prévenir les fausses couches a des effets non seulement sur les enfants exposés in utero, mais aussi sur leurs propres enfants, notamment des malformations génitales chez les garçons.

Or d’autres substances pourraient avoir un tel effet, notamment les perturbateurs endocriniens. Ce pourrait aussi être le cas du plomb, connu pour ses effets sur le développement cérébral, comme le révèle l’étude menée par l’équipe de Douglas Ruden, de l’Institut des sciences de la santé environnementale, à Detroit (Michigan): ce métal lourd entraînerait des modifications épigénétiques, à savoir des altérations chimiques ne touchant pas la séquence de l’ADN, qui persisteraient chez des enfants non directement exposés.

Les chercheurs ont analysé 35 femmes nées à Detroit en 1984, déterminant le profil de méthylation de leur ADN en fonction de leur exposition in utero au plomb (mesuré dans le sang de leur mère, la génération F1). Ils ont ensuite analysé les enfants de ces femmes, la génération F3, non directement exposés au plomb qui imprégnait leur grand-mère.

Les cellules sexuelles exposées in utero

Les chercheurs ont découvert de nettes similarités dans les profils de méthylation des générations F2 et F3, du fait de l’exposition au plomb au cours de la grossesse des grands-mères. L’explication en est simple: in utero, le fœtus est déjà porteur de cellules sexuelles, qui donneront vie au futur petit-enfant. Ces cellules sont donc aussi exposées aux agents chimiques, et subissent des altérations épigénétiques.

En l’état, difficile de savoir si, au-delà de cet effet sur l’ADN, cette exposition aux effets retardés a aussi des retombées sanitaires, comme le Distilbène. L’idée n’a rien d’improbable: parmi les divers gènes touchés, les chercheurs ont identifié NDRG4, dont la sous-expression entraîne chez la souris des problèmes de mémoire et de cognition.

Pour Douglas Ruden, «c’est la première fois qu’on démontre qu’une exposition environnementale chez des femmes enceintes peut avoir des effets épigénétiques sur le profil de méthylation de l’ADN des petits-enfants». Prochaine étape pour les chercheurs, déterminer sur un plus grand échantillon si ces altérations affectent le développement cérébral de l’enfant, de la même manière qu’une exposition directe au plomb.



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