Le plan de lutte contre les algues vertes est-il efficace ?

Le 23 août 2011 par Célia Fontaine
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Après un été riche en émotions pour les sangliers probablement victimes des algues vertes (dans le JDLE), le ministère en charge de l’écologie fait le point le 22 août sur le volet préventif de son plan de lutte contre ces nuisances qui souillent les plages bretonnes. Mais pour les associations, les mesures gouvernementales se sont avérées jusqu’à présent peu utiles, puisque les algues continuent de proliférer…
 
Le ministère rappelle dans un communiqué que sa politique de prévention, qui se décline en actions concrètes dans le territoire concerné par la pollution, consiste à «renforcer les contrôles des installations agricoles d’une part, et à augmenter les capacités de traitement des ulves (algues) d’autre part».
 
Les effluents d’élevage porcins bretons ont été désignés comme responsables de la prolifération des algues vertes. Il faut donc réduire les flux de nitrates arrivant à l'exutoire des bassins versants. C’est pourquoi, aujourd’hui, 71% des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) agricoles font l’objet d’un contrôle renforcé[1], et 15% de ces contrôles ont donné lieu à une mise en demeure ou à un procès-verbal pour se conformer à la réglementation en vigueur.
 
Désormais, les installations concernées doivent faire une déclaration annuelle des quantités d’azote organique et minéral utilisées et échangées dans les baies-pilotes (Saint-Brieuc et Lannion et, à partir de septembre prochain, baies de Concarneau, du Douron et de Douarnenez).
 
Les moyens humains ont également été renforcés, le ministère annonce plus d’inspecteurs sur les départements bretons touchés par les algues vertes. «13 agents (5 titulaires et 8 vacataires) sont venus renforcer les équipes d’inspection des directions départementales de la protection des populations du Finistère et des Côtes d’Armor.»
 
En ce qui concerne le traitement des algues échouées, le ministère en charge de l’écologie met en avant la création de plates-formes supplémentaires[2] destinées à sécher et composter les algues collectées. La valorisation est également envisagée grâce à un financement de 16 millions d’euros de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et des appels d’offres à l’étude, qui envisagent de procéder à la méthanisation des effluents d’élevage. «L’objectif est de réduire la pression de fertilisation et de diminuer la quantité totale d’engrais azotés utilisés dans le bassin versant des 8 baies à algues vertes en substituant à une partie de ceux-ci du digestat de méthanisation.»
 
Au total, 11 projets sont actuellement à l’étude. Les installations qui seront créées pourront traiter environ 200.000 tonnes de déchets par an (125.000 t d’effluents d’élevage et 75.000 t d’autres déchets agricoles et agroalimentaires). Mais l’avenir du digestat ainsi produit pourrait poser problème: on ne peut pas l’épandre sur n’importe quelle terre. C’est pourquoi le plan gouvernemental prévoit qu’une partie du digestat soit exporté «en dehors des zones d’excédent structurel».
 
Sur le terrain, les responsables agricoles des Côtes d’Armor ont rappelé le 4 août dernier qu’ils ont tout fait pour réduire de 20% la présence de nitrates dans l'eau. Ils ont également souligné que le nombre de truies reproductrices avait sensiblement baissé cette dernière décennie.
 
Et pourtant, à la mi-juillet, quelque 32.000 mètres cubes d’algues vertes ont été ramassées, contre 28.000 à la même époque l'an dernier.
 
Pour l'association Eau & Rivières de Bretagne, la faute en revient notamment au lobby agroalimentaire, qui contrôle les exploitations agricoles. En outre, le plan comporte des dérogations, notamment en matière d'épandage, qui ne vont pas dans le bon sens (des décrets sont en cours de préparation). Si l’on demande aux éleveurs d’accroître encore la productivité, l’épandage du lisier ne va pas diminuer… Pour France Nature Environnement (FNE), qui avait défrayé la chronique en placardant de grandes affiches montrant un enfant jouant dans les algues vertes, d’autres mesures sont à prendre, que le ministère ne semble pas entendre. Il s’agit par exemple de ne plus autoriser la moindre extension du cheptel, de favoriser la reconversion vers l’élevage sur paille ou en plein air, ainsi que les alternatives de qualité (élevages biologiques, élevages fermiers, label rouge) et les circuits courts.
 
«A long terme, il faudra modifier en profondeur tout un complexe agro-industriel pour qu’il ne repose plus sur les importations massives de soja et sur la dégradation des ressources naturelles. Le lien au sol, qui consiste à produire sur place l’essentiel des aliments nécessaires au cheptel, met en adéquation effectif du cheptel, surfaces fourragères et surfaces d’épandage. C’est donc un passage obligé», estime la fédération.


[1] 100% des installations devront être contrôlées d’ici la fin de l’année 2011.
[2] Trois installations de traitement ont d’ores et déjà été soutenues dans les Côtes d’Armor et trois dans le Finistère


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