Le plan biodiversité sera-t-il à la hauteur?

Le 05 juillet 2018 par Romain Loury
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L'artificialisation ciblée par le plan
L'artificialisation ciblée par le plan
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Détaillé mercredi 4 juillet par le gouvernement, le plan biodiversité vise à enrayer la chute des espèces sur le territoire français. Avec plusieurs mesures emblématiques, dont plusieurs ont déjà été annoncées.

Très attendu, ce plan biodiversité porte plusieurs mesures phares, notamment sur l’artificialisation des sols. Outre la publication annuelle d’un état des lieux des espaces consommés, le gouvernement souhaite inscrire, dans la loi ELAN, l’obligation pour les collectivités de lutter contre l’étalement urbain, pour favoriser la densification.

Annoncée par le ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, avant la présentation du rapport, le «zéro artificialisation nette», qui consiste à désartificialiser une surface quand on en artificialise une autre, n’est pour l’instant qu’un objectif, dont il s’agit de définir l’horizon avec les collectivités. Le gouvernement souhaite par ailleurs perméabiliser toute nouvelle construction de parking, pour lutter contre les inondations.

Plastique: zéro rejet en mer d’ici à 2025

Autre point fort, la lutte contre la pollution plastique, que le gouvernement espère ramener à zéro rejet en mer d’ici à 2025. Le plan prévoit ainsi la suppression de 12 objets plastiques à usage unique: «sacs en plastique, coton-tige, assiettes, gobelets, tasses, verres, pailles, contenants en polystyrène expansé pour la consommation nomade et microbilles dans les cosmétiques rincés» dès 2020, «agitateurs pour boisson, couverts et tiges en plastique pour ballons de baudruche» d’ici à 2022.

Agriculture: réduire l’emploi de pesticides

En matière d’agriculture, le gouvernement rappelle son objectif de parvenir à 15% d’exploitations agricoles en bio à l’horizon 2022. Pour les pesticides, la transparence sera (enfin?) de mise, avec la publication «à la résolution la plus fine (communale ou infradépartementale)» des achats de produits. Le gouvernement y rappelle sa promesse d’interdire le glyphosate (principaux usages d’ici 3 ans, tous les usages d’ici 5 ans) et l’ensemble des néonicotinoïdes.

Il prévoit par ailleurs de consacrer «150 millions d’euros d’ici 2021 dans le cadre du 11e programme des agences de l’eau pour expérimenter, sans attendre la prochaine PAC [politique agricole commune, de nouveaux outils de paiement pour services environnementaux (PSE) (…) Ces PSE viseront prioritairement à valoriser les pratiques de préservation des sols et de restauration de la biodiversité (plantations de haies, restauration de mares, préservation des prairies…)».

La pollution lumineuse reconnue

Enfin reconnue comme une nuisance majeure pour la biodiversité, la pollution lumineuse fera l’objet d’un suivi. D’ici la fin de l’année, une réglementation, différenciée en agglomération, hors agglomération et en espace protégé, sera mise en place, portant «à la fois sur des horaires d'allumage ou d'extinction, et sur des prescriptions techniques pour les installations d’éclairage».

Côté entreprises, celles-ci seront incitées à calculer leur empreinte biodiversité, de la même manière que leur empreinte carbone. D’ici à 2022, quatre filières feront l’objet d’un accompagnement afin de réduire leur empreinte, à savoir les bâtiments/matériaux, l’agroalimentaire, l’énergie et la chimie.

20 nouvelles réserves naturelles

Le plan évoque aussi la création ou l’extension de 20 réserves naturelles nationales, dont au moins deux en outre-mer. En 2019, un parc national de forêts tempérées de plaines (le premier en France, ces parcs ayant jusqu’alors trait aux milieux montagnards et ultramarins) sera créé entre les régions Champagne-Ardenne et Bourgogne, sur plus de 50.000 hectares. Quant aux coraux, le plan prévoit la protection de 100% de ceux se situant dans les eaux françaises d’ici à 2025, avec un objectif intermédiaire à 75% en 2021.

Un plan pour les cétacés en 2018

En matière de protection des espèces, le plan rappelle l’introduction prévue cette année de deux ourses dans les Pyrénées-Atlantiques, la mise en place d’un plan national d’actions pour la protection des cétacés et la création, pour eux, d’une zone maritime particulièrement vulnérable (ZMPV) en Méditerranée. Côté plantes, l’usage de toute espèce reconnue comme invasive sera interdite dans les aménagements publics d’ici à 2020.

International: une question de principes

S’ensuit un volet international et européen, où sont rappelés quelques grands principes (protection des forêts tropicales et des grands singes, renforcement de la lutte contre le trafic des espèces, appui à la création d’une aire marine protégée dans les eaux internationales, etc.), un volet recherche et éducation, ainsi qu’un volet visant à améliorer l’efficacité des politiques de biodiversité.

Le plan prévoit ainsi d’identifier «les subventions dommageables à la biodiversité, dans l’optique de les réduire. Pour cela nous demanderons au Comité pour l’économie verte d’examiner les leviers possibles au sein de ses travaux en cours relatifs à la biodiversité».

C’est la grande absente de ce nouveau plan: créée par la loi biodiversité d’août 2016, l’Agence française pour la biodiversité (AFB), pourtant opérateur central en la matière, est très peu citée. Elle n’y est mentionnée qu’au sujet de la réalisation des atlas de la biodiversité communale, dont elle est en charge de la coordination, ou dans un but d’éducation et de communication grand public.


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