Le plan Algues vertes s'enlise

Le 29 juin 2015 par Stéphanie Senet
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Au rythme actuel des ramassages, la récolte 2015 sera plus importante qu'en 2013 et 2014.
Au rythme actuel des ramassages, la récolte 2015 sera plus importante qu'en 2013 et 2014.

Le bilan du volet préventif du plan Algues vertes 2010-2015 en Bretagne s’avère mitigé selon le rapport d’évaluation, présenté le 26 juin à l’occasion du comité régional de suivi qui s’est tenu à Rennes (Ille-et-Vilaine), et que le JDLE a pu consulter.

Selon ce rapport, il est préconisé de prolonger le plan d’action d’un an, soit jusqu’au 31 décembre 2016, «pour faire aboutir les démarches en cours et les traduire en actions concrètes pour les exploitations».

Rédigé par une mission interministérielle d'inspection[1] après 8 mois d’enquête, ce bilan n’est toujours pas publié «car nous attendons la validation de ses conclusions par le ministère de l’agriculture», affirme la préfecture de région, qui promet une diffusion officielle avant la mi-juillet. Les membres du Comité de suivi régional ont seulement eu une présentation succinte lors de la réunion du 26 juin.

Autres recommandations générales: préparer le futur plan 2017-2021, améliorer le suivi scientifique, relancer des actions foncières et agri-environnementales, mener des expérimentations (réaménagement des plans d’épandage par exemple) et mutualiser les connaissances.

 

Ramassage précoce cette année

Quant au bilan des mesures mises en place, il s’avère à la fois mitigé et incomplet. Le ramassage des algues vertes a ainsi régressé depuis 2010. Mais cette année, il démarre plus tôt qu’en 2013 et 2014.

Autre fait marquant: le taux d’engagement des agriculteurs dans la lutte contre les algues vertes (par contrat individuel) diffère fortement selon les baies. Il est important à Horn-Guillec (72%), Lieue de Grève (67%), dans la baie de Saint-Brieuc (64%), de la Forêt-Concarneau (66%), à Guisseny (62%) et à Locquirec (52%), mais reste marginal dans les baies de Douarnenez (29%) et de La Fresnaye (31%)."Ces contrats, signés avec une collectivité, engagent l'exploitant à prendre une ou plusieurs mesures prévues par la charte de territoire, comme la restauration d'une zone humide, la mise en place d'une mesure agri-environnementale à bas niveau d'intrants ou encore la baisse de l'azote minéral", explique au JDLE Gilles Huet, délégué général d'Eau & rivières de Bretagne.

Même chose pour les concentrations en azote où l’objectif d’une baisse de 30% entre 1999-2003 et 2010-2013 (fixé par le schéma d’aménagement et de gestion des eaux) n’a été atteint que dans 3 bassins sur 16: La Fresnaye, Saint-Brieuc (bassin Ic et Cotiers) et Guisseny.

Pour rappel, ce plan 2010-2015 a bénéficié d’un financement de 117 millions d’euros, dont les deux tiers ont été versés par l’Etat, la région, les départements et l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, et un tiers par les porteurs de projets et maîtres d’ouvrage.

"Ce rapport présente de nombreux manques", décrypte Gilles Huet, délégué général d'Eau et rivières de Bretagne. "Il ne permet pas de comparer l'efficacité des mesures puisqu'il a ommis de comparer les teneurs en nitrates entre les bassins bénéficiant du plan et les autres. Il fait aussi l'impasse sur le niveau d'ambition des territoires, qui est très différent entre Saint-Brieuc et Douarnenez, et ne permet pas de dire si les engagements des agriculteurs suffiront à répondre aux enjeux du territoire", pousuit-il. Par ailleurs, la lutte contre les algues vertes au niveau territorial continue de se heurter à des logiques contraires: la logique économique des vendeurs d'aliments pour animaux et des vendeurs d'engrais, la logique foncière qui s'oppose aux changements de pratique agricole et la logique règlementaire de l'Etat qui n'hésite pas à autoriser des porcheries industrielles dans des zones fortement affectées.

 

Vers une récolte industrielle?

Les 8 associations environnementales ont enfin quitté la réunion du comité de suivi pour exprimer leur désaccord avec le projet d’arrêté préfectoral, qui confie le ramassage et l’exploitation des algues vertes des plages de Lannion et de Saint-Brieuc à Agrival (filiale de la Sica de Saint-Pol-de-Léon).

«Cette décision, prise en dehors de toute concertation au sein du comité de suivi, prépare inéluctablement la mise en place d’une filière industrielle d’exploitation des algues vertes alors qu’il faut au contraire poursuivre, en amont, la réforme des pratiques agricoles», alerte Eau & rivières de Bretagne. Ces opérations provoqueraient par ailleurs de nombreux dommages sur les poissons et coquillages juvéniles.

 



[1] Représentée par le Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER) et le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD)

 



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