Le permis Limonade miné par l'ouverture d'une enquête

Le 02 août 2013 par Stéphanie Senet
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Le permis (en violet) jouxte le coeur du parc amazonien de Guyane (en vert foncé)
Le permis (en violet) jouxte le coeur du parc amazonien de Guyane (en vert foncé)

Nouveau coup de théâtre dans l’attribution, controversée, d’un permis d’exploitation minière en plein cœur du parc amazonien de Guyane, le 11 décembre 2012. Le procureur de la République de Cayenne, Ivan Auriel, a indiqué le 1er août avoir ouvert une enquête pour «faux et usage de faux», confirmant une information révélée par Mediapart.

De nombreuses discordances ont ainsi été relevées entre l’inventaire de la faune et de la flore, réalisé entre novembre 2007 et juin 2008 par le bureau d’études Ecobios et les documents transmis à la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Deal) à l’occasion de l’enquête publique. Des changements qui seraient favorables à la société Rexma, titulaire du permis.

 

Interrogé par le site Guyaweb, Ivan Auriel déclare qu'il y a «beaucoup de modifications en faveur de la société Rexma, notamment sur la grande loutre. Dans le document original, il est dit que l’exploitation met fin à sa présence et dans le document [remis par Rexma], il est dit qu’elle est favorable à l’extension de cette espèce. Il y a un grand écart !». Le directeur d’Ecobios (1), Olivier Tostain, rajoute que la découverte d’une grenouille, qu’il croyait être nouvelle pour la science, a également été «oubliée» dans le document définitif.

 

«Ces inventaires tendaient plutôt à la création d’une réserve naturelle que d’une mine industrielle», confirme Christian Roudgé, coordinateur de la fédération Guyane Nature Environnement. Ils relevaient notamment 200 hectares de forêts primaires, 16% des espèces remarquables régionales, 127 espèces d’orchidées, 527 espèces de plantes, 286 espèces d’oiseaux, 52 espèces de batraciens, ou encore 160 espèces de vertébrés protégés ou déterminants.

 

Contesté par des nombreuses associations locales, par l’équipe du parc national et par un collège de scientifiques travaillant pour des institutions publiques, le permis Limonade s’étend sur 120 ha, aux portes du village de Saül. Il est situé dans une zone d’adhésion du parc national, où l’exploitation minière est interdite depuis le 1er janvier 2012 par le schéma départemental d’orientation minière.

 

L’attribution du permis Limonade, du nom de la crique située à côté du village de Saül, a été décidée en mai 2012 par l’ancien ministre de l’énergie Eric Besson. Elle a ensuite été confirmée par un décret, signé en octobre dernier par le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, et publié au Journal officiel le 11 décembre 2012. Elle faisait suite à un avis positif émis par l’enquête publique menée en 2009, malgré les nombreuses oppositions locales.

 

Le PDG de la société d’exploitation minière, Jean-Pierre Casas, nie de son côté toute tentative de falsification des documents. L’enquête devra donc déterminer à quel moment précis les changements ont été opérés, et surtout quels en sont les auteurs. Dans tous les cas, l’ouverture de cette enquête plombe d’ores et déjà la délivrance, prévue en septembre, de l’arrêté préfectoral autorisant le démarrage des travaux. Plus largement, elle plombe la question de la validité scientifique d’une étude d’impact transmise par un exploitant.

 

(1)Le bureau d’étude Ecobios, implanté en Guyane et aux Antilles, a été mandaté par la société d’étude parisienne Burgeap.



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