Le Pentagone invente la guerre économique

Le 12 mars 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les Marines se dorent au solaire.
Les Marines se dorent au solaire.

 

Les militaires américains vont devoir massivement réduire leur consommation d’énergie fossile. Comme ailleurs, ils devront améliorer la performance énergétique de leurs matériels et de leurs installations et recourir aux énergies renouvelables. 

 

Leon Panetta n’a pas été envoyé au Pentagone pour ses aptitudes militaires. En tête de la feuille de route de l’ancien patron de la CIA figure la réduction du budget de l’armée américaine, le plus important du monde. Le secrétaire américain à la défense devra trouver les moyens de baisser de 487 milliards de dollars (371 milliards d’euros) en une décennie le budget alloué aux 4 armes et à leurs fournisseurs.

 

Le Pentagone étant le principal consommateur public d’énergie, c’est tout naturellement sur ce poste que s’opéreront les premières coupes. Mais sans obérer la capacité opérationnelle des Gi’s, de la Navy, de l’Air Force ou des Marines. Ni en faisant la moindre concession environnementale. Pas simple, si l’on garde à l’esprit que les militaires américains consomment, chaque année, quelque 18 millions de tonnes de carburants et combustibles en opérations.

 

Ambitieux, ce cahier des charges est en passe d’être respecté. Vendredi 9 mars, Leon Panetta a présenté sa stratégie d’économie des énergies militaires. Elle repose sur trois piliers: réduction de la demande, diversification des énergies (comprendre recours aux énergies renouvelables) et intégration de la sécurité de l’approvisionnement en opérations.

 

Concrètement, le ministère de la défense va se doter d’un Defense Operational Energy Board, auquel toutes les armes devront rendre des comptes: consommations passées et prévisions des besoins sur 5 ans.

 

Dans les grandes lignes, l’infanterie devra construire 16 bases écologiques d’ici 2020 et 25 pour 2020. Baptisées «Net Zero», ces installations devront être d’une sobriété exemplaire pour ce qui concerne l’eau et l’énergie. Elles devront aussi être conçues pour faciliter le recyclage des déchets.

 

La marine, l’aviation et le corps des Marines devront réduire de manière drastique leur consommation de produits pétroliers (-15% pour la Navy d’ici 2020, -10% pour l’Air Force d’ici 2020 et -50% pour les Marines d’ici 2025). Pas idiot, si l’on se souvient qu’en Afghanistan, un soldat est tué tous les 24 convois de carburant.

 

 

Pour ce faire, ces boulimiques de fioul, de kérosène et d’essence vont massivement faire appel aux agrocarburants. Dès 2016, l’armée de l’air a prévu d’acheter 1,5 million de tonnes par an d’un mélange de kérosène et de carburant de synthèse. La marine va se faire livrer 1,1 million de tonnes de combustibles bio par an d’ici 2020.

 

Encore incapables de produire de tels volumes, les industriels américains vont recevoir un sérieux coup de pouce gouvernemental.

En août dernier, les secrétariats de la marine, de l’énergie et de l’agriculture ont lancé un programme de développement de combustibles bio, qui sera doté de 510 M$ (388,42 M€) sur trois ans.

 

Les warriors ne seront pas oubliés. D’ores et déjà, des unités combattantes, déployées en Afghanistan, disposent de centrales photovoltaïques. De quoi leur apporter de l’énergie pour l’éclairage, recharger des batteries et alimenter les climatiseurs.

 

Selon le général Steven Anderson, l’ancien logisticien en chef de l’armée US dans le Moyen Orient, le Pentagone dépense, chaque année, 20 Md$ (14 Md€) pour rafraîchir les cantonnements des troupes: plus que le budget de la Nasa!

 

GI’s et Marines devront aussi changer leurs comportements. Dans un mémo, adressé en décembre, le général John Allen exhortait les soldats engagés en Afghanistan à plus de responsabilité énergétique. «En éteignant les lampes ou les climatiseurs inutiles, en prenant de courtes douches, vous pouvez aider à réduire le nombre de convois de ravitaillement. Un petit geste qui peut sauver une vie.» 



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