Le Parlement européen rejette l’interdiction du chalutage profond

Le 10 décembre 2013 par Stéphanie Senet
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L'interdiction du chalutage profond et des filets maillands de fond a été repoussée de quelques voix
L'interdiction du chalutage profond et des filets maillands de fond a été repoussée de quelques voix

Les eurodéputés ont finalement rejeté, ce 10 décembre à Strasbourg, l’interdiction du chalutage profond et des filets maillants de fond dans les eaux européennes et dans l’Atlantique du Nord-est, malgré l’importante mobilisation des associations de protection des océans au cours de ces dernières semaines, en particulier en France.

Alors que la Commission européenne avait proposé, en juillet 2012, d’interdire cette pratique fortement destructrice des écosystèmes, les députés européens ont préféré suivre, en séance plénière, la position adoptée le 4 novembre par leurs homologues socialistes et conservateurs réunis au sein de la commission Pêche. Résultat: l’amendement interdisant, dans les deux ans, le chalutage profond a été repoussé à quelques voix près, soit 342 pour, 326 contre et 19 abstentions. Les eurodéputés se sont donc contentés de limiter cette pratique aux zones actuellement exploitées (notamment Hatton et Rockall Bank, au nord de l’Irlande), préférant le statu quo.

 

Alliance française des socialistes et de l’UMP

 

«L’UMP, allié au parti socialiste a rejeté cette mesure réclamée par plus de 750.000 citoyens», déplore Claire Nouvian, présidente de l’association Bloom, à l’origine d’une pétition en faveur de l’interdiction du chalutage profond, remise le 2 décembre au président Hollande. «Ce vote est caractéristique des alliances déplorables qui se produisent au niveau européen et montre à quel point les élus des grands partis ont un mépris total pour les Français. Ils prouvent par ce vote qu’ils préfèrent les lobbies industriels aux citoyens et qu’ils ne sont plus dignes de notre confiance. Ils risquent de payer cher leurs positions aux prochaines élections municipales et européennes», a-t-elle ajouté. Seuls les élus français des Verts, du MoDem, de l’UDI et certains membres de l’extrême gauche, ont voté en faveur de l’interdiction totale.

 

Suivant l’initiative de Casino, Carrefour avait pourtant annoncé, le 9 décembre, cesser à son tour la vente d’espèces pêchées dans les eaux profondes (sabre, grenadier, empereur). Motif invoqué: de grands doutes sur la durabilité de cette pêche alors que les espèces touchées ont un maturité sexuelle tardive et une croissance très lente. Mais les armateurs français, Intermarché en tête (avec sa flotte Scapêche), étaient farouchement opposés à l’interdiction.

 

Rendez-vous dans 4 ans

 

Les eurodéputés ont toutefois adopté une clause de révision, permettant à la Commission européenne d’évaluer, dans 4 ans, les impacts des chaluts profonds et des filets maillants de fond sur les espèces et les écosystèmes. «Si cette évaluation montre qu’ils ne sont pas suffisamment protégés, la Commission pourra alors présenter une nouvelle proposition d’interdiction générale», indique le Parlement dans un communiqué.

 

Une mesure qui place seulement l’Europe en conformité avec le droit international. Selon Claire Nouvian, le droit communautaire s’avère en effet très en retard par rapport à plusieurs résolutions onusiennes, «qui prévoient déjà la réalisation d’études d’impact préalables à toute campagne de pêche et la fermeture préventive de zones dès lors qu’il existe une forte présomption d’impacts sur les écosystèmes marins vulnérables», explique-t-elle au JDLE.

 

Dans les filets: entre 40 et 100 espèces non ciblées

 

De nombreuses études scientifiques ont déjà montré les ravages de ces techniques de pêche dans les grands fonds. «275 articles scientifiques prouvent sans conteste qu’elles détruisent les habitats, et en particulier les coraux et les éponges des fonds marins», affirme Philippe Cury, directeur de la recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Selon lui, un chalut de fond capture par ailleurs entre 40 et 100 espèces non ciblées et rejette entre 20% et 80% de ses prises.

Plus de 250 chercheurs du monde entier s’étaient d’ailleurs prononcés, en juin 2012, en faveur de l’élimination des pratiques de pêche destructrices, soutenant la proposition de Bruxelles d’interdire dans les deux ans le chalutage profond et les filets maillants de fond des eaux européennes.

 

Prochaines étapes: les Etats membres doivent encore préciser leur position au sein du Conseil. Puis les eurodéputés devront à nouveau se prononcer sur un compromis, en deuxième lecture, au cours de l’année prochaine.

 



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