Le Parlement européen lâche prise sur la pêche électrique

Le 22 novembre 2017 par Stéphanie Senet
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La commission Pêche du Parlement approuve l'électrocution des poissons
La commission Pêche du Parlement approuve l'électrocution des poissons
Bloom

Les députés de la commission Pêche du Parlement européen ont adopté, le 21 novembre, des amendements favorisant l’essor de la pêche électrique, pourtant officiellement interdite dans l’Union européenne depuis 1998.

«Les lobbies de la pêche industrielle ont gagné», déplore Claire Nouvian, présidente de l’association Bloom, mobilisée depuis des années pour une interdiction effective de la pêche électrique en Europe. Promue par des scientifiques nazis, cette technique consiste à envoyer des décharges électriques dans les sédiments pour capturer plus facilement les poissons plats, générant réactions épileptiques, torsions de la colonne vertébrale, ruptures de la moelle épinière et émissions précoces d’œufs non viables.

«On est dans une situation absolument aberrante dans laquelle 27 députés européens déterminent l’avenir des pêcheurs et des océans européens», poursuit-elle. La commission Pêche a en effet adopté un compromis politique[1] qui permet d’équiper 5% des flottes de techniques innovantes, dont la pêche électrique. Deuxième bonus: la limite de 5% a été supprimée pour la mer du Nord, ouvrant la voie à une pêche néerlandaise 100% électrique dans cette région. En rappel, la pêche électrique a été totalement interdite aux Etats-Unis.

 

Des dérogations non respectées

Depuis le règlement du 30 mars 1998 sur la protection des ressources halieutiques, des dérogations sont accordées à chaque Etat membre à hauteur de 5% de leur flotte de chalutiers à perche et dans une zone circonscrite à la mer du Nord. Ce qui a d’ailleurs conduit à des abus de la part de la flotte des Pays-Bas, dont 28% des chalutiers ont été équipés de dispositifs électriques, selon Bloom. L’association a d’ailleurs déposé une plainte contre le royaume auprès de la Commission européenne, le 2 octobre, pour ces licences illégales.

 

«Un coup très dur»

«C’est un scandale environnemental et social», réagit Frédéric Le Manach, directeur scientifique de Bloom. «Aucune justification rationnelle ne vient étayer cette position outrageusement favorable à une poignée de pêcheurs néerlandais», poursuit-il. La pétition lancée par l’ONG pour interdire cette pratique avait recueilli 84.000 signatures avant le vote des parlementaires.

Même déception de l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot, membre de la commission Pêche, qui estime que «le maintien du statu quo sur une technique dévastatrice est un coup très dur porté à une ressource déjà surexploitée et à la pêche artisanale qui tente de survivre».

«Je déplore que l’autorisation dérogatoire pour quelques pêcheurs néerlandais reste valable à titre expérimental», estime pour sa part l’eurodéputée Isabelle Thomas. «Au bout de 10 ans, on ne peut plus parler d’expérimentation. C’est surtout un moyen détourné pour les industriels d’exploiter la ressource à bas coûts.»

 

Nouveau vote au Parlement européen

Seule lueur d’espoir pour l’ONG environnementale: ce vote peut encore être contrecarré par le prochain vote prévu par le Parlement réuni en session plénière. «La commission Pêche a refusé de justesse de donner mandat au rapporteur pour entamer les négociations en trilogue. Le vote en plénière aura bien lieu», conclut-elle. La date du vote n’est pas encore connue.



[1] Compromis n°10 sur l’article 24

 



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