Le Parlement au chevet de la production électrique hivernale

Le 18 décembre 2009 par Victor Roux-Goeken
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Le ghota du secteur électrique français était réuni mercredi 16 décembre à l'Opecst pour analyser et tenter de résoudre le passage de plus en plus difficile de l'hiver. Seules solutions avancées: des capacités supplémentaires de production et le renforcement du réseau.

La France sera-t-elle en mesure de produire suffisamment d'électricité cet hiver? Du fait d'une entrée précoce dans la saison et de températures moyennes inférieures de 6 à 8°C aux températures saisonnières, la question a été sérieusement posée par le député Claude Birraux (UMP, Haute-Savoie) à plusieurs représentants du secteur électrique français réunis mercredi 16 décembre à l'Office parlementaire de l’évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst). Les options présentées ne vont pas dans le sens de celles préconisées par l’association Négawatt, qui plaide pour la fin du chauffage électrique, responsable selon elle des pics de consommation électrique (1).

Premier problème, la faible disponibilité du parc nucléaire français: 78%, quand l'optimum se situe à 85%, selon Henri Proglio, nouveau PDG d’EDF. Sur 58 tranches nucléaires, 15 étaient à l'arrêt le 10 novembre (contre 11 en 2008 à cette date). 10 étaient à l'arrêt le 15 décembre (6 en 2008). «La situation s'est dégradée», du fait de l’absence suffisant d’investissement et de l’organisation des chantiers, reconnaît Henri Proglio. En 2009, EDF a réalisé 7 milliards d'euros d'investissements opérationnels, dont 80% pour la maintenance.

Second problème: l’insuffisance de capacités de transport et le manque d’interconnexions avec les réseaux voisins, pourtant «fortes», a expliqué Dominique Maillard, président du directoire du gestionnaire du Réseau de transport d’électricité (RTE). Cette semaine, le solde des échanges avec les réseaux voisins au moment de la pointe de consommation d'électricité (19h) devrait se situer entre 4.000 et 8.000 MW, pour un appel de puissance d'environ 90.000 MW au moment de la pointe. Pas très loin du record de consommation français (de 92.400 MW) atteint le 7 janvier dernier (2).

«La limite physique des importations se situe à 9.000 MW», d’après Dominique Maillard (3). Or, le 19 octobre dernier, jour où pendant 4 heures (8h-12h) les prix de marché de gros de l'électricité livrée en France ont atteint 3.000 € par mégawattheure –quand le tarif réglementé se situe à 34 €–, la France a importé 7.200 MW d'électricité. Un nouveau record, a souligné Philippe de Ladoucette, président de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). «Il nous reste 2.000 MW de marge, a continué Dominique Maillard. C'est peu, et nous sommes sensibles à un aléa venant affecter un élément du réseau ou des moyens de production.»

Fort logiquement, le solde des échanges a tendance à s’éroder. En outre, l’impact sur les exportations des mouvements sociaux de l’été dernier aurait été de 18 térawattheures, selon Philippe Torrion, directeur de la Direction optimisation amont aval et trading chez EDF. Plus surprenant, l’éolien allemand serait aussi en cause selon lui. «Il y a des fois où la production éolienne allemande est telle qu’elle mobilise fortement le réseau allemand, ce qui a un impact sur les capacités d’interconnexion et nous empêche d’exporter de l'électricité».

Pour Dominique Maillard, le noeud du problème réside dans l'«acceptabilité par le grand public de nouveaux ouvrages» de production et de transport. L’insuffisance d’interconnexions avec la France ferait aussi perdre chaque jour à l’Espagne de la production d'énergie éolienne faute d'exutoire. Ce qui pourrait être résolu en partie par le projet de ligne à très haute tension France-Espagne, qui permettrait une hausse de 1.400 MW de la capacité d'interconnexion.

Deux régions «posent problème» du fait de leur insularité énergétique: Bretagne et Provence-Alpes-Côte d'Azur. La première n'assure que 8% de sa consommation. Un constat qui ne vise qu’à «stigmatiser» la Bretagne, la dépendance de cette région ayant été «soigneusement organisée par l'Etat pronucléaire et par EDF pour ‘punir’ les Bretons qui, par des mobilisations populaires massives, ont repoussé tous les projets nucléaires», estime l’association Sortir du nucléaire dans un communiqué du 16 décembre. «Dès 1979, des universitaires et le Parti socialiste unifié (PSU) avaient élaboré le ‘Plan alter breton’ qui ferait merveille actuellement s'il avait été mis en œuvre».

Pour ces deux régions, cette insularité énergétique est aggravée par la forte croissance d’une population à fort pouvoir d’achat, a jugé Henri Proglio.

Actuellement, le développement éolien breton (300 mégawatts de capacité) n'est pas suffisant, car seuls 15 MW de puissance sont utilisés, a expliqué Dominique Maillard. Le président de RTE a aussi mis en cause la sensibilité thermique de la France du fait de son équipement électrique –1°C de moins sur le thermomètre nécessite une capacité de production supplémentaire de 2.000 MW. C’est la moitié de la sensibilité thermique des 27 Etats membres de l’Union européenne.

De l'unanimité des participants, la production électrique sera cependant assurée cet hiver. Et la situation en passe d'être réglée grâce à l'installation… de 12 centrales à cycle combiné gaz d'ici 2012 et la construction de deux EPR. «Un troisième n'est pas à l'ordre du jour» du fait de la baisse prévue d'ici 2020 –au pire, la stabilisation– de la consommation électrique, pronostique Philippe Guillard, directeur adjoint à l'Energie et au climat au Meeddm. «Le fait que l'énergie et le climat soient réunis au sein d'une même direction implique la recherche d'un équilibre entre l'investissement et d'un peu de modération.» Il a rappelé la signature à Copenhague par Jean-Louis Borloo de deux arrêtés relatifs au Plan pluriannuel d'investissements (PPI), «feuille de route de la France an matière de production d’énergie», qui devraient bientôt être publiés au Journal officiel (4).

(1) Dans le JDLE Pointe électrique: les pouvoirs publics ne s'attaquent pas au problème»
(2) Dans le JDLE «Hausse de la consommation électrique française en 2008»
(3) Dans le JDLE «Le réseau électrique sous tension à cause de la vague de froid»
(4) Dans le JDLE «Présentation de la feuille de route énergétique pour 2020»


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