Le paracétamol, un facteur de puberté précoce?

Le 25 octobre 2018 par Romain Loury
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Le paracétamol possède une activité anti-androgénique
Le paracétamol possède une activité anti-androgénique

L’exposition in utero au paracétamol, médicament suspecté d’être un perturbateur endocrinien, semble liée à une avancée de la puberté chez les jeunes filles, révèle une étude danoise publiée dans l’American Journal of Epidemiology.

Chez les filles, la puberté tend à devenir plus précoce, phénomène que de nombreux experts lient en partie à une exposition généralisée aux perturbateurs endocriniens. Or le paracétamol, anti-inflammatoire très consommé, semble bien présenter les caractéristiques d’un perturbateur endocrinien, en raison d’une activité anti-androgénique.

Quelques études ont en effet suggéré un lien entre l’exposition in utero et des troubles neurologiques chez les enfants, dont l’autisme et les troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Menée par Andreas Ernst, épidémiologiste à l’université d’Aarhus (Danemark), et ses collègues, une nouvelle étude apporte une pierre à cet édifice naissant: elle révèle que, chez les jeunes filles exposées in utero, la puberté survient un peu plus précocement.

Entre un et deux mois d’avance

Les chercheurs ont étudié 15.822 femmes enceintes, participant à la Danish National Birth Cohort, auxquelles il a été demandé à chaque semestre de grossesse si elles avaient consommé du paracétamol. Ils ont ensuite étudié, chez les enfants, l’apparition des premiers signes liés à la puberté en fonction de leur exposition in utero à cet anti-inflammatoire.

Les résultats montrent une légère avance de la puberté chez les filles, de 1,2 mois pour la présence de pilosité sous les aisselles et de 1,7 mois pour la survenue d’acné. Les chiffres révèlent aussi une tendance, non significative d’un point de vue statistique, à l’arrivée plus précoce de seins et de pilosité pubienne.

L’étude suggère par ailleurs un effet dose-dépendant: la puberté devient plus précoce lorsque l’exposition in utero a été plus marquée -mais avec de larges intervalles de confiance. Il semble en revanche impossible de conclure chez les garçons: les chiffres suggèrent également une avancée des signes de la puberté, mais sans jamais atteindre la significativité statistique.

Effet modeste, médicament courant

«Le fait d’entrer dans la puberté un mois et demi plus tôt peut sembler sans grande importance, mais au vu de la consommation élevée de paracétamol [pris par 54% des femmes de la cohorte au cours de leur grossesse, ndlr], c’est un phénomène auquel il faut prêter attention», explique Andreas Ernst. D’autant qu’«une puberté plus précoce a été liée à un risque accru de maladies graves à l’âge adulte, telles que l’obésité, le diabète, des maladies cardiovasculaires ainsi que des cancers du testicule et du sein», ajoute le chercheur.



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