Le paracétamol impliqué dans l’infertilité féminine?

Le 08 janvier 2018 par Romain Loury
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Le paracétamol
Le paracétamol

Ce médicament, aux effets perturbateurs endocriniens, pourrait altérer la formation des ovules chez les embryons femelles qui y sont exposés, selon plusieurs études récentes menées chez l’animal.

Antalgique très largement consommé, le paracétamol n’est peut-être pas si inoffensif que cela. Plusieurs travaux ont en effet montré que cette molécule, qui présente des effets perturbateurs endocriniens, aurait un impact nocif sur l’enfant à naître. Notamment sur le développement neurologique, par exemple l’autisme et les troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

Or le paracétamol pourrait aussi altérer le développement du système reproductif. Dans un article publié dans Endocrinology Connections, l’équipe de David Møbjerg Kristensen, neurologue au Rigshospitalet de Glostrup (Danemark), revient sur trois études menées en 2016 chez la souris et chez le rat, qui montrent des effets sur la formation des follicules ovariens, précurseurs des ovules.

Moins d’ovules au stade adulte

Chez les Mammifères, les ovules sont en effet formés au stade in utero, constituant un stock qui ne sera écoulé que lors de la période reproductive -des premières menstruations jusqu’à la ménopause. Or les trois études en question révèlent une nette diminution du stock de follicules lorsque les rats et souris femelles ont été exposées in utero au paracétamol. Avec comme principale conséquence, au stade adulte, d’une baisse de la fertilité.

L’une des trois études suggère aussi des effets transgénérationnels: sans avoir été directement exposées au paracétamol, des rates de la génération F2 (la génération F1 étant celle exposée in utero au médicament) présentent elles aussi un moindre stock d’ovules que les animaux du groupe contrôle. Ces effets transgénérationnels ont été observés avec d’autres perturbateurs endocriniens, dont le bisphénol A et le diéthylstilbestrol (médicament désormais interdit, connu sous le nom de Distilbene).

Le syndrome d’insuffisance ovarienne

Selon les chercheurs, les effets observés chez l’animal ressemblent au syndrome d’insuffisance ovarienne prématurée, à savoir une interruption précoce du fonctionnement ovarien –avant l’âge de 40 ans-, qui toucherait entre 1% et 2% des femmes.

Reste à examiner si le paracétamol, dont le métabolisme diffère d’une espèce à l’autre, a le même effet chez l’humain. Selon les chercheurs, la question sera techniquement difficile à trancher: primo, par la difficulté à déterminer une exposition in utero à un médicament très courant; secundo, par la longue période écoulée (plusieurs décennies) avant que l’insuffisance ovarienne se manifeste.



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