Le papillon monarque, victime d’une fausse bonne idée

Le 15 janvier 2015 par Romain Loury
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Face au déclin du papillon monarque, de nombreux Américains se sont mis à planter des asclépiades, plantes qu’il affectionne. Mauvais choix: la variété commercialisée, d’origine tropicale, fleurit même en hiver, incitant les lépidoptères à ne plus migrer. Ce qui fragilise encore plus l’espèce face à certains parasites.

Particularité du papillon monarque (Danaus plexippus), son long parcours migratoire de 2.500 km, qui l’amène chaque automne du nord-est des Etats-Unis et du sud du Canada vers le Mexique. Après y avoir hiverné dans les forêts d’altitude, il s’en revient à ses quartiers d’été pour se reproduire.

L’animal est devenu outre-Atlantique un symbole de la biodiversité menacée. En cause, le déboisement au Mexique, mais surtout la raréfaction des fleurs dont il se nourrit, les asclépiades, adventices décimées par l’herbicide RoundUp. Face à cette menace, plusieurs associations ont appelé la population à planter des asclépiades dans leurs jardins.

Si l’intention est louable, elle est de celles qui pavent fréquemment l’enfer, comme le révèle l’étude publiée dans les Proceedings of the Royal Society B par Dara Satterfield, de l’université de Géorgie à Athens, et ses collègues. Car l'asclépiade la plus fréquente dans le commerce, Asclepias curassavica, est d’origine tropicale.

Des papillons nourris toute l’année

A la différence de ses cousines américaines, elle fleurit même en hiver, mais uniquement au sud des Etats-Unis. Ce qui, outre le réchauffement climatique, expliquerait pourquoi ces papillons présentent une tendance à la sédentarisation depuis une dizaine d’années. En partie sur les côtes étasuniennes du golfe du Mexique, dont le climat hivernal est même assez doux pour qu’ils pondent toute l’année.

Or chez les papillons monarques comme chez d’autres espèces, la migration offre un bénéfice souvent méconnu: elle permet de lutter contre les infections. Non seulement du fait que l’espèce laisse derrière elle le pathogène, qui recule jusqu’à l’année suivante, mais aussi parce que les animaux infectés, affaiblis, périssent pour la plupart lors de la migration.

Et c’est bien ce qui ressort de l’analyse menée par les chercheurs sur 5.877 papillons monarques. Comparés aux individus migrateurs (en hiver au Mexique, en été aux Etats-Unis), les sédentarisés (sud-est des Etats-Unis) sont jusqu’à 9 fois plus souvent infectés par leur parasite Ophryocystis elektroscirrha [1].

Un danger pour les migrateurs

Autre risque évoqué par les chercheurs, ces papillons assignés à résidence, du fait qu’ils constituent un terrain de prédilection pour Ophryocystis elektroscirrha, constituent un danger pour les migrateurs qui croisent leur chemin.

Coïncidence ou non, le parasite serait désormais trois fois plus fréquent chez les migrateurs qu’il ne l’était au début des années 2000. Pire, la sédentarisation des papillons pourrait à terme accroître la virulence du parasite.

Observée chez de nombreuses espèces, dont la cigogne en Europe, la perte du comportement migratoire constitue certes une menace directe pour les principaux intéressés, mais également indirecte pour d’autres espèces, notamment l’homme.

Exemple en Australie avec le virus Hendra, qui entraîne des atteintes respiratoires et neurologiques mortelles, et dont l’apparition chez l’homme en 1994 serait liée à la sédentarisation de son hôte naturel, des chauves-souris frugivores.

[1] Connu depuis les années 1960, ce protozoaire diminue l’espérance de vie des papillons monarques et altère leur développement, engendrant des individus de plus petite taille. La femelle les transmet à sa descendance lors de la ponte.



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