Le numérique, outil de la transition agroécologique?

Le 03 juillet 2017 par Romain Loury
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Véronique Bellon-Maurel
Véronique Bellon-Maurel
Irstea

Vendredi 30 juin a été inauguré à Montpellier l’Institut #DigitAg, qui vise à promouvoir la recherche et l’innovation dans l’agriculture numérique. Celle-ci est-elle compatible avec une agriculture plus durable? Le point avec sa directrice, Véronique Bellon-Maurel, par ailleurs directrice du département Ecotechnologies de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea).

Robotisation, drones, capteurs, applications mobiles… l’agriculture connaîtrait-elle une nouvelle révolution? Rendu public en octobre 2015, le rapport «Agriculture-innovation 2025» faisait du numérique un «grand enjeu fédérateur» pour l’agriculture française, au même titre que l’agroécologie. D’où l’idée de l’institut #DigitAg: doté d’un budget de 147 millions d’euros pour une durée de sept ans -dont 10 millions dans le cadre du Programme investissements d’avenir (ce qui lui vaut le titre d’«Institut Convergences»), #DigitAg vise à promouvoir la recherche et l’innovation dans ce domaine, en associant publics et privé[i]. Inauguré vendredi 30 juin à Montpellier, il mettra l’accent sur la formation initiale et professionnelle, notamment en finançant 57 bourses de thèse et 150 bourses de master.

JDLE: Pourquoi un institut spécifiquement dédié à l’agriculture numérique, et pourquoi Montpellier a-t-elle été choisie?

Véronique Bellon-Maurel: Il y avait besoin de regrouper des communautés scientifiques qui n’avaient pas l’habitude de se rencontrer, et ce dialogue ne pouvait se faire que dans un cadre, tel que celui offert par les Instituts Convergences du Commissariat général à l’investissement. Quant à la ville d’implantation, il n’y a pas eu photo: Montpellier est l’une des premières places en Europe pour le regroupement des forces dans l’agriculture numérique. De plus, la ville présente, avec son centre Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), un tropisme vers l’agriculture des pays du Sud. Et l’institut SupAgro de Montpellier proposait déjà une formation AgroTIC, avec toute une génération de jeunes qui y ont été formés, des cadres que l’on retrouve désormais dans les sociétés d’équipement agricole, les sociétés de service, etc. Outre Montpellier, #DigitAg comptera des antennes à Rennes et à Toulouse.

JDLE: Que peut apporter l’agriculture numérique à l’environnement, à la transition agroécologique?

Véronique Bellon-Maurel: On ne peut plus effectuer d’agriculture sans penser à l’environnement. Non seulement il s’agit d’y faire plus attention, mais aussi de s’appuyer sur lui, par exemple pour l’agro-écologie, en s’aidant de la biodiversité. L’agriculture numérique peut contribuer à cette transition, par exemple via l’agriculture de précision, dont le but est d’apporter la bonne dose [d’intrant] au bon endroit et au bon moment. Et ce afin d’apporter à la plante uniquement ce dont elle a besoin, de réduire les fuites de produits dans l’environnement. Il y a aussi l’élevage de précision: par exemple si on nourrit des porcs de manière individuelle, on peut réduire les doses de 20% à 30%, ce qui diminue d’autant les rejets d’azote.

L’agriculture biologique est basée sur beaucoup plus d’observations, moins d’interventions. Or l’homme ne peut pas tout observer, et comme il n’est pas toujours possible de recruter, il va falloir déléguer, par exemple à des capteurs. L’agriculture connectée va donc aider tous les types d’agriculture. Là où elle marche très bien, c’est par exemple en Afrique, où les agriculteurs peuvent par exemple recevoir sur leur smartphone du conseil agricole par SMS, ou bien les cours agricoles.

JDLE: Justement, si le numérique aide tous les types d’agriculture, comment faire pour que cette révolution permette d’orienter l’agriculture vers des pratiques plus durables?

Véronique Bellon-Maurel: Le changement viendra bien sûr des agriculteurs eux-mêmes: ils perçoivent les changements climatiques, ils sont désormais plus à l’écoute de l’agroécologie. C’est une culture qui se développe, et le partage d’information y est important. D’où l’intérêt de l’agriculture connectée, qui facilitera ce partage. Avec l’agroécologie, les coûts de production seront peut-être un peu plus élevés, c’est une pratique plus complexe que ce qu’on a l’habitude de faire: l’agriculture numérique pourra accompagner les agriculteurs dans cette démarche.  Par ailleurs, le politique reste primordial: il faut poursuivre le discours politique en faveur de l’agroécologie.



[i] L’institut #DigitAg compte 17 partenaires:

- quatre organismes de recherche: l’Irstea, porteur du projet, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) et le Cirad

- trois établissements d’enseignement supérieur (université de Montpellier, Montpellier SupAgro, AgroParis Tech)

- deux structures de transfert-développement (Acta, SATT AxLR) et huit entreprises (SMAG, Fruition Sciences, IDATE, ITK, Pera-Pellenc, Agriscope, Terranis, Vivelys)

 

 



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